Article: Sérieux et pas si sérieux : Macha Poynder en 14 questions

Sérieux et pas si sérieux : Macha Poynder en 14 questions
Les lois secrètes de l’univers
Chez IdeelArt, nous croyons que l’histoire d’un artiste se raconte à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’atelier. Dans cette série, nous posons 14 questions qui comblent le fossé entre la vision créative et la vie quotidienne, mêlant l’intuition professionnelle aux bizarreries personnelles qui rendent chaque artiste unique.
Aujourd’hui, nous plongeons dans le monde mystique et profondément intuitif de Macha Poynder. Pour Macha, la peinture n’est pas un choix de carrière, mais un destin qui guide sa vie depuis l’âge de six ans. Ancrée dans une vision spirituelle façonnée par l’astrologie, le chamanisme et l’I Ching, elle considère sa toile comme un espace pour désapprendre les habitudes passées et laisser émerger l’inconnu.
Découvrez comment elle mêle l’énergie brute du indie rock à la discipline tranquille de son atelier en Bourgogne, sa profonde connexion à l’échelle et à la respiration de l’abstraction américaine, et pourquoi elle croit que le but ultime de l’art est de disparaître complètement pour que l’œuvre prenne le dessus.
Les questions pas si sérieuses
8 questions pour révéler les bizarreries inattendues et le quotidien de Paul Landauer.
Section 1 : Divertissement & Personnel – 8 Questions
1 - Si votre art était une chanson ou un morceau de musique, qu’est-ce qui jouerait en arrière-plan ?
Un morceau d’Elliott Smith ou Mattiel, et bien d’autres aussi, comme Warpaint, Cat Power, Alex Ebert, The Be Good Tanyas, Wooden Shjips, Ali Farka Touré, et Keaton Henson. Essentiellement du indie rock, mais aussi le oud. J’adore les sons multi-couches, le vertige hypnotique et les errances magiques. En tout cas, la peinture et la musique sont deux faces d’une même pièce.

Macha Poynder - Fly - 2026
2 - Quelle est une chose qui vous passionne ou vous intéresse fortement et qui n’a rien à voir avec l’art ?
Astrologie, chamanisme et I Ching. Une approche du monde qui n’est pas exactement occidentale. Je suis du côté de ceux qui croient que l’univers est gouverné par des forces qui nous dépassent, où tout est lié et connecté. Tout comme en peinture. La peinture et l’univers sont régis par les mêmes lois.
3 - Café, thé, ou quelque chose de plus fort pendant que vous travaillez ? Ou juste de la lumière et du silence ?
Une infusion de gingembre frais - renouvelée tout au long de l'après-midi - et beaucoup, beaucoup de musique ; un bain de sons, à la fois connus et inconnus. Mais aussi regarder la lumière bouger et changer. Et des kettlebells pour les pauses.

Macha Poynder - Rouge à lèvres - 2026
4 - Si vous pouviez rencontrer quelqu’un, vivant ou mort, qui serait-ce ?
Rembrandt. Le plus mystérieux de tous. En russe, on dirait que sa peinture est « nerukotvornaya », ce qui signifie qu’elle n’a pas été créée par la main de l’homme.
5 - Si vous n’étiez pas artiste, que feriez-vous ?
Ma première pensée est que c’est impensable ; sans la peinture, je n’existerais pas. Ma deuxième pensée serait le cinéma, faire des films.

Macha Poynder - Mai - 2026
6 - Pouvez-vous partager une courte histoire ou un moment de votre vie non artistique qui a eu un fort impact sur votre vie d’artiste ?
Depuis que j’ai six ans, depuis que j’ai commencé à dessiner et peindre, l’art n’a jamais cessé de produire des miracles, grands et petits, dans ma vie. C’est pourquoi j’ai très tôt compris que c’était la peinture qui prenait les décisions : choisir mes amis, mes amours, mes cercles, les villes où j’allais, ma vision du monde, mes choix, ma vie. C’était le destin ; mon destin.
7 - À quoi ressemble une bonne journée pour vous, en dehors de l’atelier ?
Une bonne journée ne peut être une journée sans peinture, sauf si je voyage. Mais une journée idéale de repos, c’est avant tout ne pas se presser, se laisser dériver et vivre une expansion intérieure. Puis nager ; idéalement en Grèce en septembre, ou même simplement dans une piscine, comme c’est le cas quand je suis à Paris (mais malheureusement pas en Bourgogne, où j’ai installé mon nouvel atelier).
Puis, pour laisser l'esprit flotter et voyager à sa guise, j'écris, je me promène dans les rues ou les bois, je m'assois longtemps sur une terrasse de café à lire ou simplement à observer, je vais voir un film, j'écris encore un peu, et je peins, peins, peins. Puis je vois ou parle à un ami. Et je termine la journée dans un sauna.

Macha Poynder - Atlas - 2026
8 - Y a-t-il quelque chose chez vous qui surprendrait probablement les personnes qui ne connaissent votre travail qu'à travers votre art ?
J'adore nager partout où je trouve de l'eau : nager en été et m'immerger dans l'eau en hiver. Une autre de mes passions est d'observer les cartes astrologiques des personnes que je connais.
L'interview (plus) sérieuse
6 questions pour approfondir les idées, expériences et espoirs qui façonnent le parcours créatif de Poynder.
9 - Quels thèmes ou questions reviennent sans cesse dans votre travail ?
Comment désapprendre. Désapprendre tout ce qu’on m’a enseigné et transmis depuis l’âge de six ans ; me libérer de mes ornières, de mes habitudes, de ce que je sais, de ce que je faisais et de ce que j’étais hier, il y a six mois, un an, ou dix ou vingt ans. Échapper à la cage du connu, être complètement vacant, et laisser la peinture émerger, couler, se produire, me dépasser, et me surprendre au point de me faire disparaître.

Macha Poynder - Far Away - 2026
10 - Pouvez-vous décrire un moment clé dans votre parcours d’artiste ?
New York, lors de mes séjours très fréquents et réguliers tout au long des années 1990. Je me sentais comme une bouteille de champagne débouchée, et le champagne ne cessait de couler. Cette ville m’a donné la permission d’être simplement moi-même, et elle a accueilli ce moi.
11 - Quels matériaux ou procédés sont les plus importants dans votre pratique, et pourquoi ?
Au début, après la gouache et l’aquarelle, c’était la peinture à l’huile. Mais depuis vingt ans, c’est l’acrylique. D’abord, à cause de la pureté et de la qualité des pigments, qui sont d’une qualité exceptionnelle et que je mélange avec un liant pour préparer ma propre peinture. Ensuite, parce que l’acrylique sèche rapidement, ce qui me permet de travailler vite et de superposer les couleurs. Cela soutient grandement la rapidité et la vivacité de mes gestes. Disons que l’acrylique correspond à l’étape où j’en suis aujourd’hui ; elle m’est nécessaire. Cependant, je peux tout à fait envisager un retour à l’huile, voire travailler avec les deux en parallèle. Et puis, bien sûr, il y a mon travail avec la lumière - mes peintures de nuit (lumière) - et nos performances avec Kirk Hellie, un musicien californien, assisté de Mathieu Morelle, mon complice.

Macha Poynder - Un Pas De Côté - 2026
12 - Comment souhaitez-vous que les gens se sentent lorsqu’ils découvrent votre travail ?
J’espère que les spectateurs peuvent ressentir ne serait-ce qu’une fraction de ce qui habite, remplit et me transporte lorsque je travaille. Cela dit, c’est exactement ce qui s’est passé lors de notre performance avec Kirk Hellie au Théâtre du Châtelet pendant la Nuit Blanche. Les membres du public que j’ai pu interviewer ont décrit des sensations extrêmement proches de celles que j’ai vécues en travaillant sur le projet.
Je dirais que la peinture nous transporte dans une autre dimension. Une dimension où tout est à sa place, où tout répond les uns aux autres, vibre, sonne et se réjouit, un espace où les problèmes n'existent plus. La peinture est une autre façon de penser. Et d’être. Je pense que la peinture déplace, et même élargit, la perception du spectateur.
13 - Pouvez-vous nous décrire une journée type de travail dans votre atelier ?
Parce que je lis assez tard la nuit précédente, je me réveille rarement avant 9 heures. Si je suis à Paris, je bois mon thé vert au citron, puis je vais nager avant de commencer quoi que ce soit d’autre. Mais comme mon grand atelier est maintenant en Bourgogne et qu’il n’y a pas de piscine à proximité, je commence par ce même thé vert au citron en allumant la radio France Culture. Ensuite, je répartis les tâches administratives et les factures avant de faire mon entraînement. Le reste de la journée est dédié à la peinture.
Peindre n’est pas seulement l’acte de peindre ; c’est aussi s’asseoir et regarder, parfois longtemps. C’est vider l’esprit de toutes les inquiétudes et intrusions quotidiennes. C’est un pas de côté, une discipline, une pratique ascétique, un retrait. La peinture exige qu’on lui fasse de la place, la place première. Elle demande qu’on prenne du recul, qu’on oublie, qu’on disparaisse. Ce n’est qu’ainsi qu’elle peut commencer à déferler et tout inonder, car elle est plus grande que nous, bien plus grande. Quant au reste de la journée, c’est la peinture qui décide.
Le seul problème, ce sont les délais, les invitations à dîner ou d’autres sorties prévues, car je dois alors interrompre le flux, souvent au mauvais moment, pour tout ranger, laver les pinceaux et fermer les pots de peinture. Revenir à la vie hors de la peinture n’est pas toujours facile. Sauf quand une toile est terminée ; alors c’est un sentiment de satisfaction et d’accomplissement tel que l’on voit la vie comme depuis un nuage.

Macha Poynder - Godspeed - 2026
14 - Quels rêves ou espoirs avez-vous pour votre parcours artistique ?
Trop de rêves ! Mais deux d’entre eux sont très clairs : jouer notre pièce avec Kirk Hellie - combinant mes peintures nocturnes et ses paysages sonores - dans le désert du Sud-Ouest sous un ciel étoilé.
Et pour que mes toiles retrouvent une maison dans un espace new-yorkais, ou tout autre espace américain, qu’il s’agisse d’une galerie ou d’un lieu atypique. La peinture américaine, son esprit, son souffle, son air, et son échelle m’ont tant nourrie qu’un lien magique, secret, invisible (mais visible pour certains) existe entre mon travail et cet espace. J’aimerais que mes peintures s’y rassemblent à nouveau pour un « pow-wow ».
Par Francis Berthomier
Toutes les images ©Macha Poynder
CLIQUEZ ICI POUR DÉCOUVRIR LE TRAVAIL DE MACHA POYNDER DISPONIBLE SUR IDEELART





