
La Semaine de l’Art Abstrait – (R)évolution est un cycle
Lorsque les conditions sont favorables, les choses changent. Parfois, c’est par évolution, une mutation lente et continue. Parfois, c’est par révolution, une métamorphose immédiate provoquée par une action ou un événement. Dans les années 1940, lorsque Lucio Fontana a pour la première fois entaillé une de ses œuvres avec un couteau, son geste simple et élégant était révolutionnaire. Ses tagli (coupures) ont transformé les notions esthétiques de l’espace dimensionnel. Plusieurs des « coupures » emblématiques de Fontana sont exposées jusqu’au 27 mai à la galerie Robilant+Voena de New York. Prenant leur subtile charge révolutionnaire comme point de départ, cette semaine nous présentons sept expositions qui explorent les notions de révolution et d’évolution. Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander : quelle sera la prochaine étape ?
Action et Processus
L’exposition actuelle à la galerie Hauser Wirth & Schimmel de Los Angeles porte le mot révolution dans son titre. Révolution en cours : Sculpture abstraite par des femmes, 1947 – 2016 présente 100 objets sculpturaux réalisés par 34 artistes féminines sur 70 ans. La diversité et la puissance intrinsèque des formes dans cette exposition suggèrent non pas une, mais un processus de multiples révolutions, chacune étant une action décisive transformant le langage esthétique de la sculpture.
Deux expositions actuelles à Londres retracent également l’évolution de l’abstraction d’après-guerre. Abstraire de la nature, jusqu’au 3 juillet à la galerie Connaught Brown, examine le langage abstrait organique de mouvements tels que le Tachisme et l’Abstraction lyrique. L’exposition présente des œuvres de 18 artistes dont Jean Arp, Alexander Calder, Barbara Hepworth et Wassily Kandinsky. Et ouverte jusqu’au 23 juin au Piano Nobile à Holland Park, Aspects de l’abstraction 1952-2007 retrace les chemins uniques vers l’abstraction suivis par des artistes européens d’après-guerre tels que Terry Frost, William Turnbull et Bridget Riley.

Cristina Iglesias - Sans titre, 1993—1997, Ciment fibré, fer, aluminium et tapisserie, 96 1/2 x 143 3/4 x 27 1/2 pouces

Bernard Frize - Navia, 2016, Peinture acrylique et résine sur toile, châssis en aluminium, 190 x 160 x 3 cm
Le Pouvoir du Hasard
À propos du lien entre le hasard et le changement, le peintre abstrait Bernard Frize a déclaré : « C’est une chose assez complexe d’organiser des situations où vous ne faites rien et où les choses se produisent d’elles-mêmes. » La Galerie Perrotin de New York accueille actuellement « Dawn comes up so young », une exposition de nouvelles œuvres de Frize jusqu’au 18 juin. Ces images saisissantes sont des déclarations de transformation radicale et instantanée ainsi que du pouvoir des processus cachés.

Robert Rauschenberg - Individu (De 7 personnages), 1982, Soie, ruban, papier, relief en pâte de papier, encre et feuille d’or sur papier Xuan fait main, avec miroir, encadré dans une boîte en Plexiglas, 109,2 x 78,7 x 6,4 cm
Un sur 300 000
En 1985, Robert Rauschenberg a provoqué une révolution chinoise. Être figé dans l’histoire puis rencontrer soudainement le présent est révolutionnaire. Cette année-là, Rauschenberg a amené son exposition ROCI (Rauschenberg Overseas Culture Exchange) à Pékin. Il fut le premier artiste américain à exposer là-bas depuis que le pays s’est ouvert aux réformes modernes. Son œuvre a choqué les spectateurs chinois et les a inspirés. Plus de 300 000 visiteurs ont vu l’exposition. En 31 ans, la population chinoise a augmenté de 300 millions et le pays est désormais une force majeure sur le marché mondial de l’art. Cet été, l’exposition ROCI de Rauschenberg revient à Pékin du 12 juin au 21 août, bouclant le cycle.

Georgiana Houghton - L’Œil de Dieu, 1862, Aquarelle
Esprits Révolutionnaires
Quoi de plus révolutionnaire que de réécrire l’histoire ? Il y a quelques mois, nous avons parlé de la peintre suédoise Hilma af Klint, qui a été pionnière de l’abstraction des décennies avant Wassily Kandinsky. Nous allons maintenant plus loin dans le passé. Du 16 juin au 11 septembre, la Courtauld Gallery de Londres présente Georgiana Houghton : Dessins spirituels, une exposition démontrant que c’est en réalité l’artiste britannique Georgiana Houghton qui a été la pionnière de l’abstraction. Présentées pour la première fois en 1871 à un public britannique perplexe, les peintures de Houghton portent au dos les noms des esprits que Houghton, médium, affirmait avoir guidée dans leur réalisation.
Image en vedette : Lucio Fontana - Concetto Spaziale, Attesa, 1960, Peinture à l’eau sur toile, 31,8 x 25,5 pouces






