
10 pièces textiles de l'exposition Sheila Hicks au Centre Pompidou Paris
Alors qu’une grande rétrospective de Sheila Hicks au Centre Pompidou à Paris s’achève cette semaine, nous sommes une fois de plus rappelés de la puissance pure de l’œuvre que cette artiste influente a créée, ainsi que de l’énorme impact qu’Hicks a eu sur le développement de l’art abstrait au cours du dernier demi-siècle. Formée initialement comme peintre, Hicks s’est plutôt engagée sur une voie singulière et visionnaire dans le domaine des textiles. Elle a été en partie inspirée par la matérialité du médium, et en partie par son intérêt pour les traditions artistiques non occidentales et peu représentées. Elle a un jour décrit son évolution ainsi : « J’ai étudié la peinture, la sculpture, la photographie et le dessin, mais mon attrait le plus fort va aux textiles. Je crée une sorte d’art textile. Je développe des environnements, fabrique des objets en fil, tisse des textiles, construis des sculptures souples, des bas-reliefs, et je conçois et réalise des objets fonctionnels en fil. » Sa pratique incluait non seulement l’art plastique mais aussi des produits commerciaux — une conséquence naturelle de ses expériences dans la classe de Josef Albers alors qu’Hicks étudiait à Yale. Albers lui a transmis ses théories Bauhaus sur l’importance de créer l’œuvre d’art totale. Hicks s’est donc permis le plaisir de suivre toutes les voies que sa vision artistique lui ouvrait, que cela signifiait concevoir du mobilier, des vêtements, des intérieurs architecturaux, des décors de cinéma, des œuvres monumentales d’art public, ou de petits objets à suspendre au mur ou à poser au sol. À 83 ans, Hicks est toujours active en atelier. En fait, l’une de ses œuvres les plus récentes, North-South-East-West (2018), fut l’une des pièces les plus exaltantes de sa récente rétrospective au Pompidou. Pour montrer l’arc de son évolution et donner un aperçu de sa carrière prolifique et illustre, voici un regard plus attentif sur dix des œuvres exposées lors de cette exposition.
Amarillo, 1960
Hicks a vécu au Mexique de 1960 à 1964. Pendant cette période, elle a eu accès à un petit atelier de tissage où elle a maîtrisé ce qui est considéré comme la méthode de tissage la plus ancienne — le « tissage à plat » — qui est une façon de fabriquer des tapis sur un métier à tisser sans nœuds, ce qui les rend plats. Amarillo est un exemple emblématique des œuvres que Hicks a réalisées durant cette période. La pièce fait référence à sa formation de peintre, puisqu’elle est suspendue en deux dimensions contre un mur. Pourtant, elle ouvre aussi la voie vers l’avenir, car les entailles causées par le processus de tissage laissent apparaître le mur derrière l’œuvre, suggérant une continuation dans l’espace tridimensionnel.
Maquette pour la commande de la Ford Foundation, 1966-67
En 1967, Hicks a créé un bas-relief monumental tissé sur les murs du siège new-yorkais de la Ford Foundation. Le motif qu’elle a utilisé dans cette œuvre faisait référence à une alvéole d’abeille. Hicks l’a qualifié d’hommage à « la ruche d’activité de changement social à la fondation ». Cette maquette, qu’elle a réalisée l’année précédente, montre le développement initial du dessin. Incidemment, en 2013 Hicks est retournée à New York et a minutieusement recréé l’œuvre originale de la Ford Foundation, qui s’était détériorée avec le temps.

Sheila Hicks - Ligne de vie, vue de l’installation au Centre Pompidou 2018. © Centre Pompidou. Photo par Philippe Migeat
La tapisserie en évolution : Il/Elle, 1967-68
Cette œuvre se compose de centaines d’unités tissées individuelles empilées, surnommées « queues de cheval » en raison de leurs bords à franges. Chaque fois qu’elle est exposée, la présentation change. Le titre fait référence à la nature évolutive des textiles en tant que médium et aux suppositions liées au genre dans le monde des beaux-arts.
Trapèze de Cristobal, 1971
Hicks a nommé cette pièce, qui consiste en une cascade de fils de laine tombant du plafond, d’après son fils Cristobal. Comme elle l’a expliqué un jour, « Lui et ses amis grimpaient dessus quand elle était suspendue au balcon de mon atelier, alors je l’ai appelée le Trapèze de Cristobal. » Hicks a noté que les spectateurs touchent souvent cette œuvre pour une raison quelconque, un phénomène qu’elle ne semble pas du tout décourager.
Tapis de prière, 1972-73
Dans les années 1970, Hicks cherchait un moyen de combiner les traditions de l’artisanat et du folklore avec le langage formel du modernisme. En s’inspirant des techniques de tissage des Berbères, un peuple autochtone d’Afrique du Nord, elle a créé une série d’œuvres appelées Tapis de prière qui répondaient à ses objectifs. Ces œuvres s’inscrivent clairement dans la tradition artisanale, mais elles sont suspendues au mur, permettant à la gravité d’agir sur les formes abstraites et architectoniques.

Sheila Hicks - Ligne de vie, vue de l’installation au Centre Pompidou 2018. © Centre Pompidou. Photo par Philippe Migeat
Poches, 1982
Une déclaration exquisément Bauhaus, Poches est un mur entier couvert de centaines de poches en coton blanc, comme si elles avaient été retirées de jeans et suspendues en rangées superposées. La fonction utilitaire de ces unités textiles reste accessible — si on le voulait, on pourrait y glisser des pièces de monnaie ou des jeux de clés. Leur installation évoque quant à elle les grilles modernistes d’Agnès Martin, ou le langage de la ligne et de la forme de De Stijl.
Palitos con Bolas, 2011
Cette œuvre, qui consiste en un tas de formes recouvertes de fil imitant des pierres et des brindilles, est destinée à être exposée différemment à chaque fois, en un tas intuitif. Le titre se traduit joyeusement par « bâtons avec boules ». Hicks appelle les formes rondes et organiques « pierres qui écoutent », et les formes allongées « bâtons qui parlent ».
Lianes de Beauvais, 2011-12
Le titre de cette œuvre fait référence à la manufacture de tapisseries de Beauvais, l’un des plus importants fabricants textiles en France, qui remonte au règne de Louis XIV. Le mot lianes désigne en français des plantes grimpantes, en référence aux vignes grimpantes que cette pièce tissée et suspendue imite.

Sheila Hicks - Ligne de vie, vue de l’installation au Centre Pompidou 2018. © Centre Pompidou. Photo par Philippe Migeat
Atterrissage, 2014
L’une des pièces les plus immédiatement reconnaissables qu’Hicks ait réalisées, cette œuvre aux couleurs vives se compose de flux de tissu s’écoulant du plafond et s’accumulant en monticules biomorphes sur le sol. Elle incarne l’idée que la couleur peut être utilisée à la fois comme matière et comme forme.
North-South-East-West, 2018
Il s’agit de la série la plus récente d’œuvres réalisées par Hicks. Elle enveloppe des panneaux rectangulaires de fil de lin, leur forme évoquant son passé de peintre. Les aspects matériels de l’œuvre, ainsi que le titre, font une remarque astucieuse sur les aspects universels des traditions dans lesquelles elle travaille.
Image en vedette : Sheila Hicks - Ligne de vie, vue de l’installation au Centre Pompidou 2018. © Centre Pompidou. Photo par Philippe Migeat
Toutes les images sont fournies par le Centre Pompidou
Par Phillip Barcio






