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Article: L'art de Christo et Jeanne-Claude, monumental à tous points de vue

The Art of Christo and Jeanne-Claude, Monumental in Every Way - Ideelart

L'art de Christo et Jeanne-Claude, monumental à tous points de vue

Christo et Jeanne-Claude étaient le genre d’artistes que l’on peut étudier toute une vie sans jamais se lasser. Leur vie commune était remplie d’amour, d’art et d’une planification incroyable : trois parties indissociables. Leurs œuvres les plus célèbres étaient des installations monumentales dans lesquelles des éléments architecturaux ou des parties du monde naturel étaient enveloppés de tissu. Chaque « emballage » était en partie un phénomène esthétique et en partie une infusion de magie dans la vie ordinaire de leurs semblables. Comme toutes choses magiques, leurs expositions étaient éphémères, et jamais à reproduire. J’ai eu la chance d’en voir une en personne : The Gates, Central Park, New York, 1979–2005. Pour cette installation, 7 503 portails en acier furent dressés le long de 37 km de sentiers pédestres dans Central Park. Chaque portail mesurait cinq mètres de haut, et était drapé d’un grand drap de tissu lumineux orange flottant. L’installation n’était ouverte au public que pendant 15 jours, un bref et extraordinaire aboutissement de plus de 25 ans de négociations entre les artistes et les autorités new-yorkaises. Ma femme Audrey et moi, tout juste mariés et à peine à joindre les deux bouts, nous sommes dépassés nos limites pour aller à New York et passer une journée à flâner à travers The Gates. Cette expérience seule aurait été assez magique, mais nous avons reçu encore plus de magie, lorsque Christo et Jeanne-Claude eux-mêmes sont soudain apparus juste devant nous sur notre chemin, puis tout aussi rapidement ont sauté dans une voiture qui les attendait et sont partis. On aurait dit qu’une décharge électrique a traversé tous ceux qui partageaient ce moment fugace, et le souvenir en revient souvent à mon esprit, à des moments inattendus. Je m’en suis souvenu avec tendresse en 2009, lorsque Jeanne-Claude est décédée. Cette semaine, j’y ai repensé à nouveau en apprenant la triste nouvelle que Christo l’a rejointe dans la mort. Je me sens chanceux d’avoir croisé leur chemin, même brièvement, ces artistes qui nous ont tant donné. Ils étaient uniques, et leur disparition appauvrit le monde.

C’est Emballé

Je réalise que mon expérience de croiser Christo et Jeanne-Claude dans Central Park n’était pas inhabituelle. Mon ami artiste Manish Nai a une fois brièvement partagé un ascenseur avec Christo lors d’Art Basel Hong Kong. Et il y a d’innombrables autres anecdotes de ce genre qui circulent dans le milieu artistique. Et de toute façon, quand il s’agit de ces deux artistes magiques, aucune coïncidence de temps et d’espace ne peut surpasser celle de leur propre naissance. Christo et Jeanne-Claude sont nés le même jour, la même année : Christo à Gabrovo, Royaume de Bulgarie, et Jeanne-Claude à Casablanca, Maroc français. Une autre coïncidence a d’abord réuni Christo à la compagnie de Jeanne-Claude, quand, en 1958, il fut engagé pour peindre un portrait de sa mère. Ironiquement, un autre accident de temps continue d’affecter leur travail. L’exposition Christo et Jeanne-Claude, Paris !, qui devait célébrer leurs expériences de travail dans la Ville Lumière, devait s’ouvrir au Centre Pompidou le 18 mars 2020. La pandémie de COVID-19 a repoussé la date d’ouverture au 1er juillet 2020, ce qui a empêché Christo et Jeanne-Claude de vivre leur retour triomphal dans la ville où ils se sont rencontrés pour la première fois.

 

Portrait empaqueté de Jeanne-Claude par Christo

Christo et Jeanne-Claude - Portrait empaqueté de Jeanne-Claude, 1963. Polyéthylène, corde, huile sur toile signée Javacheff, montée sur panneau de bois peint. 78,5 x 51,1 x 5,1 cm. Collection du Museum of Contemporary Art San Diego ; don de la Fondation David C. Copley, 2013.50. © Christo 1963. Photo © Christian Baur, Bâle



Lorsque l’exposition ouvrira enfin, Christo et Jeanne-Claude, Paris ! reviendra sur deux périodes riches dans la carrière de ce duo artistique : les années entre 1958 — quand ils se sont rencontrés à Paris — et 1964, quand ils ont déménagé à New York ; et la période entre 1975 et 1985, durant laquelle ils ont planifié et réalisé Pont-Neuf Emballé (1985), une installation de 14 jours pour laquelle 300 ouvriers ont enveloppé le pont Neuf à Paris avec 41 800 mètres carrés de tissu. L’exposition du Pompidou promet d’apporter un nouveau contexte à leur œuvre entière en ne se concentrant pas seulement sur leurs projets d’emballage, mais aussi en montrant leurs diverses autres œuvres en deux et trois dimensions. Initialement prévue pour marquer le 35e anniversaire de Pont-Neuf Emballé (1985), cette exposition devait aussi coïncider avec une nouvelle installation monumentale : l’emballage de L’Arc de Triomphe. Conçue de manière à ce que la flamme du soldat inconnu qui brûle sur le site puisse continuer de brûler pendant toute la durée de l’installation, cette œuvre est toujours prévue malgré la mort de Christo, mais, à cause de la pandémie, elle a été reportée à l’automne 2021.

 

Christo et Jeanne-Claude - Le Pont-Neuf Emballé, Paris, 1975-1985. © Christo 1985. Photo © Wolfang Volz (Archives Christo)

 

Représenter le Moi

En plus du plaisir de voir une œuvre de Christo et Jeanne-Claude en personne, une autre excellente façon d’apprécier leur travail est de regarder les divers films qui ont été réalisés pour documenter leur processus. À maintes reprises, ils ont passé des années, voire des décennies, à convaincre des personnes qui normalement n’ont aucun rapport avec l’art ou les artistes de croire en leurs projets. Pendant ces négociations apparemment impossibles, le véritable sens et but du travail de Christo et Jeanne-Claude ont émergé. Pensez-y : non seulement ils essayaient de convaincre les gens de tenter quelque chose d’intrinsèquement abstrait, mais ils essayaient aussi de les persuader de valoriser quelque chose d’impermanent. C’est une transformation profondément humaine de voir les habitants locaux et les politiciens s’ouvrir peu à peu à la beauté et à la valeur d’une œuvre d’art éphémère, car elle porte un sens pour la condition humaine. Nous sommes tous éphémères, mais néanmoins importants. Comme ces œuvres, nous, et tous nos efforts, n’existerons finalement que comme légende.

 

Christo et Jeanne-Claude - Façade de magasin violette, 1964. Bois, plexiglas, métal, peinture émaillée, tissu, papier, lumière électrique. 235 x 220 x 35,5 cm. Collection de l’artiste. © Christo 1964. Photo © Wolfang Volz



En plus d’admirer leur travail, j’ai toujours admiré le fait que Christo et Jeanne-Claude finançaient eux-mêmes leurs projets. Ils ne demandaient jamais d’argent à aucune municipalité avec laquelle ils travaillaient, levant plutôt leurs propres fonds en vendant les dessins préparatoires qu’ils réalisaient. C’est comme s’ils formaient une petite industrie artistique de leurs propres créations, voyageant à travers le monde, créant des emplois pour les artisans locaux, et apportant de l’enthousiasme, sans parler des retombées touristiques, à tant d’économies différentes. Pourtant, contrairement à la plupart des industries, l’activité de Christo et Jeanne-Claude était entièrement dédiée à la joie esthétique. Comme Christo l’a dit un jour, « Je fais des choses qui n’ont aucune fonction, sauf peut-être celle de procurer du plaisir. » Que leurs efforts sincères, et le plaisir qu’ils ont effectivement créé, vivent dans nos cœurs et nos mythes.

(Visitez https://www.centrepompidou.fr/ pour rester informé de tout changement lié au COVID-19 concernant les dates d’exposition de Christo et Jeanne-Claude, Paris ! et l’emballage de L’Arc de Triomphe.)

 

Image en vedette : Christo et Jeanne-Claude - Petit cheval empaqueté, 1963. Tissu, ficelle, corde, cheval jouet sur roues. 40,6 x 50,8 x 12,5 cm. Collection privée du défunt Jan van der Marck, États-Unis. © Christo 1963. Photo © Dirk Bakker
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio

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