
Laissez-vous hypnotiser par Bridget Riley aux National Galleries of Scotland
Lorsque le Festival d'Art d'Édimbourg ouvrira ses portes en juillet, il présentera plusieurs rétrospectives révolutionnaires, dont la toute première rétrospective britannique du collage, retraçant cette technique sur 400 ans à travers plus de 250 œuvres. Mais le point d'orgue du festival s'ouvre en réalité cette semaine : une rétrospective National Galleries Bridget Riley, véritable succès estival. Cette vaste rétrospective comprendra des centaines d'œuvres retraçant toute la carrière de l'une des artistes abstraites les plus influentes de notre époque. Parcourant sa carrière sur sept décennies, elle inclura des peintures, des œuvres sur papier (Riley réalise des sérigraphies depuis les années 1960), ainsi qu'une généreuse quantité d'éphémères directement issus de l'artiste, qui retracent l'évolution de ses méthodes et de ses idées. Nombre d'œuvres présentées n'ont jamais été exposées au Royaume-Uni auparavant — certaines, notamment les éphémères, n'ont jamais été montrées ailleurs. Sera même inclus le seul travail tridimensionnel jamais réalisé par Riley. Intitulée « Continuum », cette immense spirale en aluminium (209 x 275 x 361,8 cm) offre aux visiteurs la rare opportunité de pénétrer à l'intérieur d'une peinture de Riley. Riley a créé l'original « Continuum » en 1963. En 2005, elle a recréé cette œuvre disparue. C'est cette version qui sera exposée dans cette rétrospective. Née à Londres en 1931, Riley y vit et travaille toujours aujourd'hui. Elle a d'abord attiré l'attention mondiale dans les années 1960 grâce à ses peintures en noir et blanc qui défient la perception en employant un langage abstrait de lignes, motifs et formes pour créer des phénomènes optiques donnant l'impression de mouvement ou même de tridimensionnalité. Son travail a été inclus dans l'exposition de 1965 The Responsive Eye, au Museum of Modern Art de New York, qui a établi l'Op Art comme une composante essentielle de l'avant-garde du milieu du XXe siècle. Comme le montre cette rétrospective, depuis ses débuts, Riley a largement étendu son œuvre bien au-delà du domaine des illusions.
Les Racines de l'Op Art
Les premières œuvres pour lesquelles Riley est reconnue sont ses peintures optiques en noir et blanc, qu'elle a commencé à développer vers 1960 alors qu'elle travaillait comme illustratrice dans une agence de publicité à Londres. Mais ces œuvres n'étaient pas ses premières. Elles s'inspiraient de ses études antérieures du pointillisme, une technique initiée par Georges Seurat et Paul Signac vers 1886. Fondé sur le divisionnisme, le pointillisme repose sur la capacité de l'œil humain à fusionner formes et couleurs à distance. Les peintres pointillistes placent des points de couleur côte à côte plutôt que de mélanger les couleurs au préalable. Le résultat est un phénomène optique qui rend les couleurs plus lumineuses et fait parfois paraître une image bidimensionnelle en trois dimensions, voire en mouvement.

Bridget Riley - Over, 1966. Émulsion sur panneau. 101,50 x 101,30 cm. Collection : National Galleries of Scotland, acquis en 1974. © Bridget Riley 2019. Tous droits réservés
Riley s'est autodidacte dans les techniques pointillistes après avoir quitté l'école d'art pour s'occuper de son père. Plutôt que de commencer par ses célèbres peintures en noir et blanc, la rétrospective des National Galleries rend hommage à cet aspect de son développement en débutant par une sélection de ses premières œuvres pointillistes. Parmi les peintures exposées figure « Pink Landscape » (1960), une vue de la campagne italienne rendue en nuances de rose, bleu et jaune. Il est clair qu'à travers des peintures comme celle-ci, Riley apprenait les relations de couleurs, ainsi que le pouvoir de la couleur et du dégradé pour créer l'illusion de profondeur. Pourtant, il est également évident, notamment dans cette composition, qu'elle était déjà engagée à cette époque dans une structure compositionnelle linéaire. La recette simple de couleur, dégradé et ligne allait se concrétiser un an plus tard dans l'œuvre révolutionnaire en noir et blanc « Kiss », qui présente une forme noire courbée unique flottant au-dessus d'un rectangle noir sur fond blanc. L'espace liminal où les deux formes se rencontrent semble devenir gris à l'œil, tandis que les formes paraissent doucement se déplacer dans l'espace.

Bridget Riley - Blaze I, 1962. Émulsion sur panneau dur. 109,20 x 109,20 cm. Collection : Collection privée, prêt longue durée aux National Galleries of Scotland depuis 2017. © Bridget Riley 2019. Tous droits réservés
Pas Seulement en Noir et Blanc
En plus de « Kiss », plusieurs autres peintures emblématiques en noir et blanc des années 1960 sont présentées dans cette rétrospective, notamment « Blaze I » (1962), une spirale d'angles dentelés, et « Over » (1966), un exemple précoce de la manière dont Riley utilise des lignes ondulées pour évoquer la sensation de mouvement — presque au point de provoquer des vertiges chez le spectateur. Mais l'exposition va bien au-delà de ces racines bien connues en noir et blanc. Dans des peintures comme « Ra » (1981), on voit comment elle a transformé son œuvre en revenant à ses jours pointillistes et en réintroduisant une gamme complète de teintes. Dans « Ra », un simple ensemble de lignes colorées placées côte à côte défie notre perception, nous faisant douter si nous voyons un dégradé de tons. Ce changement tonal fait-il réellement partie de la peinture ? Ou est-ce une illusion créée par la lumière changeante lorsque nous déplaçons nos yeux sur la surface ? Ces questions perceptives subtiles nous rappellent que ce que nous pensons percevoir dans ces peintures n'est pas nécessairement ce qui est réel.

Bridget Riley - Ra, 1981. Huile sur toile. 240,7 x 205,1 cm. Collection : Musée d'Art de la Ville d'Iwaki, Japon. © Bridget Riley 2019. Tous droits réservés
Des œuvres plus récentes comme « High Sky » (1991) montrent comment Riley expérimente une structure diagonale, mêlant relations de couleurs et lignes inclinées pour créer l'illusion que des formes losangées semblent soit sortir, soit s'enfoncer dans un espace illusoire. Cet aspect particulier de son œuvre est également démontré dans une série spéciale de 16 sérigraphies que Riley vend à l'occasion de cette exposition au profit des National Galleries of Scotland. (Elles peuvent être consultées et achetées en ligne via Bridget Riley Services.) Enfin, la rétrospective se conclut par une série de peintures plus récentes, telles que « Cascando » (2015), dans lesquelles Riley revient à ses racines en noir et blanc. En ajoutant de nouvelles formes et stratégies compositionnelles à ces œuvres mûres, elle renouvelle notre regard avec le dynamisme de son œuvre initiale, tout en mettant en avant un sens tempéré de la structure et de l'équilibre. Bridget Riley ouvre le 15 juin aux National Galleries of Scotland, et se poursuit jusqu'au 22 septembre 2019. L'exposition sera ensuite présentée à la Hayward Gallery de Londres. (Les véritables admirateurs de Riley voudront peut-être voir les deux, car Riley créera de nouvelles peintures murales spécifiques au lieu spécialement pour l'exposition de la Hayward.)
Image en vedette : Bridget Riley - High Sky, 1991. Huile sur toile. 165 x 227 cm. Collection : Collection privée.
© Bridget Riley 2019. Tous droits réservés
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio






