
IdeelArt Présente l'Exposition Hommage au Carré Curatée par Richard Caldicott
Artiste pluridisciplinaire reconnu pour sa série révolutionnaire d’abstractions photographiques, Caldicott est depuis longtemps fasciné par les multiples propriétés du carré. Certaines des racines les plus anciennes de l’art abstrait se trouvent dans cette forme simple, et pourtant, ce n’est pas seulement le carré en tant qu’élément géométrique que les artistes utilisent dans leur travail. Le carré a également servi tour à tour de symbole, de point zéro formaliste, et même de catalyseur pour une exploration philosophique ou métaphysique.
Rappelant le scandale que son tableau « Carré noir » provoqua lors de sa présentation à la Dernière Exposition de la Peinture Futuriste 0.10 en 1915, l’artiste né à Kiev Kazimir Malevich écrivait dans son livre de 1927 Le Monde Non-Objectif : « En 1913, essayant désespérément de libérer l’art du poids mort du monde réel, je me suis réfugié dans la forme du carré. » Malevich savait que ce n’était pas le carré lui-même qui irritait tant ses critiques, mais ce que le carré représentait — à savoir, un refus de l’importance du sujet. Son tableau modeste représentant un seul carré noir centré sur une toile blanche carrée était une tentative révolutionnaire de faire de l’acte de peindre, comme l’écrivait Malevich, « une fin en soi. »
Une génération après Malevich, l’artiste abstrait germano-américain Josef Albers adopta le carré comme point de départ pour ce qui allait devenir sa série la plus prolifique et emblématique : « Hommage au Carré. » Entre 1950 et 1976 (les 26 dernières années de sa vie), Albers réalisa plus de 1 000 tableaux « Hommage au Carré ». La règle stricte qui définissait la série était que chaque tableau devait avoir une composition presque identique — une série de carrés concentriques de couleurs différentes peints sur une surface plane et carrée. Albers appliquait les couleurs pures, souvent directement à partir du tube, en couches fines avec un couteau à palette, ne laissant jamais les couleurs se chevaucher et prenant un soin extrême à ne révéler aucune trace de sa main. Présentée dans des dizaines de musées, et même figurant sur un timbre-poste américain, Hommage au Carré est l’une des séries de peintures abstraites les plus célèbres jamais produites, cependant, le travail ne portait en réalité pas du tout sur les carrés — il portait sur la couleur. Comme l’écrivait Albers dans son manuel pédagogique Interaction of Color (1963), « Une couleur a plusieurs visages, et une couleur peut en faire apparaître deux différentes. Dans la perception visuelle, une couleur n’est presque jamais vue telle qu’elle est réellement — telle qu’elle est physiquement. Ce fait fait de la couleur le médium le plus relatif en art. »
Pour « Hommage au Carré » (Albers, Malevich…), Caldicott explore le potentiel presque illimité du carré dans l’abstraction contemporaine en réunissant une sélection variée d’œuvres de 30 artistes abstraits contemporains.
Dans « Chance/Fall (6), 2010 » (2010) de Caldicott, on voit un carré bleu fantomatique qui semble en train de se matérialiser au sein d’un champ violet rayonnant. Caldicott, comme Albers, travaille en séries, cependant, comme le suggère le titre de cette série, ces compositions ne naissent pas d’un système strict mais plutôt d’une méthode largement improvisée.
Né en Australie, Brent Hallard utilise des carrés et d’autres formes géométriques pour créer des compositions optiquement actives qui défient la perception du spectateur. L’agencement de « QBE II » (2015) utilise un carré s’étirant dans l’espace pour devenir un cube et articuler de manière ludique à la fois la platitude et la profondeur.

Brent Hallard - QBE II, 2015. Acrylique sur Arches 300 lb. 35,6 x 35,6 cm.
« Boxy » (2005) de Tenesh Webber offre un reflet contemporain saisissant du « Carré noir » de Malevich, remettant en question la définition des espaces négatif et positif alors qu’un carré blanc semble se décomposer en 16 petits carrés au sein d’un vide noir. Cette œuvre est emblématique du procédé de cette photographe canadienne, qui consiste à superposer des fils et des formes découpées à la main sur des plaques de plexiglas pour créer des photographies sans appareil.
Les significations secondaires sont importantes dans le travail de l’artiste américaine Audrey Stone. Son dessin « Nb. 8 » (2008) évoque Albers alors que trois carrés concentriques se forment à partir d’une série de lignes. Stone utilise un mélange de fil, d’encre et de graphite pour créer les lignes, invitant le spectateur à contempler la définition de la ligne et de la forme, ainsi que la signification cachée dans ces matériaux.
Le format carré de « Painted empty without » (2018) de Kyong Lee — faisant partie de la série Couleur comme adjectif de l’artiste coréenne — offre une structure formelle à travers laquelle un texte en relief collabore avec la teinte pour communiquer des liens cachés entre le contenu émotionnel des couleurs et des mots.

Kyong Lee - Painted empty without, 2018. Acrylique sur toile. 60,6 x 60,6 cm.
Bien que la physicalité gestuelle de ses coups de pinceau soit peut-être la première chose que remarque un spectateur, pour la peintre américaine Anne Russinof, le travail commence par la couleur. Dans « Yellow Sheen » (2014), des coups de pinceau jaunes audacieux et lyriques rayonnent sur un fond rouge profond créant la sensation d’un carré vibrant, lumineux et onirique.
Comme Albers, l’artiste américaine Mel Prest s’intéresse aux phénomènes perceptifs qui émergent des relations colorées. Des lignes peintes à la main et des carrés concentriques colorés semblent vibrer d’énergie dans son tableau « SOM » (2019). Faisant partie d’une série intitulée « En louange du temps planétaire », cette composition a été inspirée par les changements progressifs qu’elle a observés au cours d’une éclipse de lune de sang.
Les œuvres de Pierre Muckensturm sont nourries par la quête de tranquillité et d’harmonie de l’artiste. Son tableau « 11p1831 » (2011) évoque l’héritage de Malevich par son usage du carré et de la croix. Tant les lignes méthodiques que la surface usée de la composition évoquent le passage du temps.
L’artiste américaine Jill Moser s’inspire des qualités visuelles, indiciaires et gestuelles du langage écrit. Sa lithographie « Virga » (2012) capture une convergence poétique du lyrique et du concret alors que des éléments calligraphiques superposés flottent dans le vide d’un carré blanc cassé encadré d’un cadre blanc.

Jill Moser - Virga, 2012. Lithographie. 76,2 x 76,2 cm.
Artistes présentés dans « Hommage au Carré » (Albers, Malevich…) : Tracey Adams, Jeremy Annear, Paul Behnke, Arvid Boecker, Macyn Bolt, Ashlynn Browning, Richard Caldicott, Luuk de Haan, Fieroza Doorsen, Tommaso Fattovich, Jean Feinberg, Joanne Freeman, Dana Gordon, Daniel Göttin, Elizabeth Gourlay, Brent Hallard, Matthew Langley, Kyong Lee, Stephen Maine, Tom McGlynn, Gudrun Mertes-Frady, Holly Miller, Jill Moser, Pierre Muckensturm, Mel Prest, Debra Ramsay, Anne Russinof, Peter Soriano, Audrey Stone, et Tenesh Webber.
Image en vedette : Richard Caldicott - Chance/Fall (6), 2010, 2010. Tirage C. 127 x 101,6 cm.
Par Phillip Barcio






