
L'art monumental de Louise Nevelson
Cette année marque le 30e anniversaire de la mort de Louise Nevelson, une artiste qui a profondément influencé l’art du XXe siècle et dont l’héritage résonne encore aujourd’hui. Nevelson est surtout connue pour ses assemblages monochromes en bois. Leur voix esthétique unique puise en partie dans l’histoire de l’art et en partie dans le langage visuel et matériel de New York — sa ville d’adoption. Ses stratégies de composition s’inspirent du cubisme, qu’elle comparait à une religion, et des théories abstraites formelles de Hans Hofmann, qui fut son professeur pendant de nombreuses années. La présence matérielle de ses assemblages exalte les aspects délaissés de la vie urbaine. Comme si elle provoquait une sorte de mue inversée, Nevelson rassemblait des morceaux cassés de meubles et des débris de construction sur les trottoirs de la ville pour les transformer en œuvres monumentales. La métamorphose de débris profanes en art sacré est indéniable dans des œuvres comme « Sky Cathedral » (1958), la pièce qui a d’abord attiré l’attention critique sur Nevelson. Elle est encore plus profonde dans l’installation de la taille d’une pièce « Dawn’s Wedding Feast » (1959) ; une œuvre murale entourée de colonnes posées au sol et suspendues ainsi que de deux totems emblématiques de mariée et de marié, cette pièce a non seulement établi Nevelson comme l’une des artistes majeures de sa génération, mais a aussi contribué à ouvrir la voie à l’art d’installation. Ce qui est particulièrement émouvant dans ses œuvres, c’est que Nevelson leur a insufflé un sentiment d’intimité malgré leur échelle monumentale. Elle veillait à ce que chaque élément individuel puisse exprimer ses qualités essentielles au sein de la structure globale. Ce faisant, elle créa des œuvres que l’on peut apprécier objectivement ou qui invitent le spectateur à une expérience plus personnelle. En célébration de la vie et de l’œuvre de ce génie, voici mes neuf citations préférées de Louise Nevelson — chacune précieuse par la façon dont elle éclaire son travail et révèle le fonctionnement intérieur de son esprit.
1. « Si vous avez un cadre autour de vous qui ne convient pas à l’image, alors vous cassez le cadre. »
Née en 1899 à Pereiaslav-Khmelnytskyi dans l’actuelle Ukraine, Leah Berliawsky émigra aux États-Unis en 1905 pour échapper à la persécution religieuse. Elle poursuivit avec ardeur l’art dès l’enfance malgré les découragements de ses parents. Après avoir épousé Charles Nevelson en 1920 et donné naissance à un fils deux ans plus tard, elle se rendit compte qu’elle était toujours dans la même situation qu’enfant, sauf que désormais c’était son mari et sa famille qui lui demandaient d’abandonner son art pour être une mère et une épouse plus attentive. Réalisant qu’elle était dans le mauvais cadre, Nevelson quitta son mari et son fils en 1931 et partit étudier avec Hans Hofmann.
2. « Le cube le concentre et lui donne sa véritable structure. »
Nevelson structura tous ses assemblages autour de la forme géométrique de base du cube. Peu importe le nombre de morceaux de bois qu’elle assemblait ni à quel point les pièces pouvaient sembler disjointes une fois réunies, les cubes maintenaient toujours la composition, tant visuellement que physiquement.
3. « Le noir englobe toutes les couleurs. Ce n’est pas une négation. »
La plupart des œuvres de Nevelson sont des monochromes noirs. De nombreux critiques mal interprétèrent son usage de cette couleur, suggérant qu’elle cherchait à effacer les vies passées de ses matériaux. Au contraire, elle affirmait que le noir était une couleur inclusive qui permettait à chaque élément distinct de l’œuvre de conserver son essence fondamentale tout en s’absorbant dans l’esprit de l’ensemble. Elle disait aussi que la couleur noire rendait ses œuvres « aristocratiques ».

Louise Nevelson - Sans titre, vers 1976. Construction en bois peint en noir. 94 × 36 × 16 3/4 po ; 238,8 × 91,4 × 42,5 cm. Michael Rosenfeld Gallery, New York. © 2018 Succession Louise Nevelson/Société des droits des artistes (ARS), New York
4. « C’est bien plus direct de le faire comme je le fais. C’est immédiat, c’est vrai, et c’est là. »
Après avoir passé des années à dessiner et peindre des images de choses brisées, Nevelson comprit que l’utilisation même des débris introduirait une vérité matérielle dans son travail, en plus de lui conférer le résidu émotionnel des associations passées avec les matériaux utilisés.
5. « C’est le travail et moi, ce n’est pas le public et moi. Le public est un reflet. »
Nevelson commença à réaliser des sculptures publiques de grande taille dans les années 1970 en utilisant des matériaux comme le plastique et l’acier Cor-Ten. Les critiques s’interrogeaient sur le sens de ces œuvres, qui avaient un aspect et une sensation très différents de ses assemblages en bois. Elle rejeta leurs critiques, affirmant son droit autonome en tant qu’artiste de créer le type d’œuvre qu’elle souhaitait.

Louise Nevelson - Dark Cryptic, 1975. Bois patiné. 12 × 9 × 7 po ; 30,5 × 22,9 × 17,8 cm. Caviar20, Toronto. © 2018 Succession Louise Nevelson/Société des droits des artistes (ARS), New York
6. « La seule réalité que je reconnais est ma propre réalité. »
Nevelson affronta des parents autoritaires, un époux dominateur, des critiques sexistes, des conservateurs méprisants et des spectateurs ignorants. Elle ignora les organisations sociales comme « The Club », choisissant plutôt la vie d’une étrangère dans le monde de l’art. Malgré tous ceux qui doutaient d’elle et la décourageaient, elle réussit. Cette citation explique pourquoi.
7. « Cela nous donne un lieu pour traverser les trois dimensions, vers la quatrième et au-delà. C’est vraiment un lieu où l’on passe de la matière à l’esprit. »
Nevelson ne se décrivait ni comme peintre ni comme sculptrice, mais comme une architecte construisant avec l’ombre et la lumière. Son amour du cubisme l’inspira à toujours créer des œuvres qui récompensent le mouvement — une expression de la quatrième dimension. Elle s’intéressait à créer des environnements dans lesquels corps et esprit pouvaient voyager.

Louise Nevelson - Sans titre, 1985. Bois peint en noir. 44 × 22 × 17 1/5 po ; 111,8 × 55,9 × 43,8 cm. Pace Gallery. © 2018 Succession Louise Nevelson/Société des droits des artistes (ARS), New York
8. « Quand on crée, il y a une énergie supplémentaire qui dépasse tout le reste. »
Nevelson était une artiste notoirement discrète et disciplinée. Elle croyait que les sensations offertes par autre chose que le travail créatif pâlissaient en comparaison avec l’ivresse qu’elle ressentait dans son atelier. Lorsque son installation désormais célèbre « Dawn’s Wedding Feast » fut présentée dans l’exposition « Sixteen Americans » au MoMA, elle déclara qu’en partie elle symbolisait son mariage avec son travail.
9. « Ce n’est pas comment je vis, c’est comment je termine ma vie. »
Quand Nevelson était jeune, sa famille la décourageait de devenir artiste en lui disant que cela ne lui offrirait pas un mode de vie confortable. Même alors, elle savait qu’elle ne pourrait être en paix à sa mort que si elle restait fidèle à elle-même.
Image en vedette : Louise Nevelson - Maquette pour Night Wall VI, 1977-1979. Acier soudé peint en noir. 25 × 27 1/2 × 9 4/5 po ; 63,5 × 69,8 × 24,8 cm. Pace Gallery. © 2018 Succession Louise Nevelson/Société des droits des artistes (ARS), New York
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio






