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Article: Visiting Jean Dubuffet's Monumental Tour Aux Récits at Smithson Plaza

Visiting Jean Dubuffet's Monumental Tour Aux Récits at Smithson Plaza - Ideelart

Visiting Jean Dubuffet's Monumental Tour Aux Récits at Smithson Plaza

Les Londoniens en quête d’expériences artistiques en plein air seront ravis par l’installation récente de la sculpture Jean Dubuffet intitulée « Tour aux récits » dans la Smithson Plaza — du moins s’ils parviennent à la trouver. Cette petite place est entourée par un trio de gratte-ciel commerciaux près du palais de Buckingham. La Smithson Plaza avait été initialement construite pour abriter les bureaux du journal The Economist. Elle accueille désormais diverses sociétés immobilières et d’investissement. La sculpture est nichée le long du passage piéton étroit qui serpente à travers la place en béton, où elle se démarque parmi les trois tours brutalistes comme une stalagmite hyper-imaginative, sa présence fantaisiste offrant un agréable contrepoint aux activités sans doute strictement réglementées et sensées qui se déroulent dans les bureaux environnants. « Tour aux récits » fait partie de la série d’œuvres de Dubuffet connue sous le nom de Cycle Hourloupe, la série qui marque le moment où Dubuffet s’est éloigné de la peinture et du dessin pour s’aventurer dans le domaine tridimensionnel. « Hourloupe » est un mot inventé par Dubuffet, un terme fourre-tout combinant ses associations avec d’autres mots et expressions françaises inquiétantes, telles que « hurler », « hululer », « loup », « riquet à la houppe » (conte de fées), et « Le Horla », un autre mot inventé utilisé comme titre d’un livre de l’écrivain français Guy de Maupassant à propos d’un être étranger. Les œuvres du Cycle Hourloupe sont abstraites, mais elles tendent à transmettre la sensation de paysages urbains chaotiques grouillant de créatures et de machines. Il y a quelque chose de mystérieux, voire monstrueux, dans ces œuvres. Elles paraissent déformées et semblent toujours en train de se métamorphoser en autre chose. La présence d’une œuvre de cette série en ce lieu précis, en cette période d’incertitude économique et politique, ne pourrait être plus appropriée. Dubuffet considérait cette série comme sa tentative d’offrir une interprétation alternative de la réalité. En bref, il espérait qu’elle changerait le monde.

Mondes réels et imaginaires

Dès le début de sa carrière, Dubuffet a toujours entretenu une relation fragile avec son rôle d’artiste dans la société. Dans la trentaine, il s’est complètement éloigné des arts, ayant non seulement perdu foi dans la pertinence de la peinture, mais aussi dans l’importance de la culture humaine dans son ensemble. Lorsqu’il est revenu à la peinture dans la quarantaine, il l’a fait avec la détermination de découvrir quelque chose de plus profond que les tendances modernes. Il a cherché l’impulsion créatrice originelle qui unit tous les hommes à travers les âges. Il a trouvé son inspiration dans les œuvres d’enfants, ainsi que dans celles créées par des personnes en prison ou en institutions psychiatriques. Le terme qu’il a donné à ces œuvres est « Art Brut ». Il a rassemblé des exemples d’Art Brut du monde entier, analysé ces œuvres avec attention, écrivant et donnant des conférences sur leurs caractéristiques. Enfin, il s’est lancé dans le processus de tenter de capturer leur essence, espérant canaliser leur impulsion créatrice brute et non filtrée dans son propre travail.

Jean Dubuffet Tour aux récits image d’installation

Image d’installation, Jean Dubuffet Tour aux récits à Smithson Plaza. Photo Barney Hindle. Avec l’aimable autorisation de Waddington Custot et Encounter Contemporary



Au cours de ce processus de réinvention en tant qu’artiste, Dubuffet a lutté avec deux impulsions paradoxales : l’une le poussait à exagérer les traces de l’intervention humaine, l’autre à tenter de les éliminer. Le Cycle Hourloupe peut être vu comme le moment où Dubuffet a surmonté ce combat — l’instant où il a cessé d’imiter l’Art Brut pour commencer à en manifester véritablement l’esprit. La série a débuté par des dessins et des peintures : des compositions énergiques et linéaires qui canalisaient les réactions ambiguës de Dubuffet face au monde éphémère et illusoire. Ces compositions capturent la sensation de la vie sans en copier l’apparence. Lorsque Dubuffet a étendu ces dessins dans la troisième dimension, il les a appelés « images dans un habitat », percevant leur présence sculpturale comme l’évasion d’une forme d’art habituellement considérée « comme un support » vers un monde d’êtres vivants.

Jean Dubuffet Tour aux récits image d’installation

Image d’installation, Jean Dubuffet Tour aux récits à Smithson Plaza. Photo Barney Hindle. Avec l’aimable autorisation de Waddington Custot et Encounter Contemporary

L’héritage Hourloupe

Dubuffet a travaillé sur le Cycle Hourloupe pendant douze ans, à partir de 1962. Ce fut sa série la plus longue. Aujourd’hui, on peut trouver des exemples de grandes sculptures Hourloupe installées dans des lieux publics partout dans le monde. Parmi les exemples les plus célèbres figurent « Groupe de Quatre Arbres » à Chase Manhattan Plaza à New York, et « Monument avec Bête Debout », qui se dresse en face de l’Hôtel de Ville au centre-ville de Chicago. Parmi les pièces les plus imposantes de la série, on compte « La Tour des Figures », située dans la commune d’Issy-les-Moulineaux près de Paris, qui mesure 24 mètres de haut sur 12 mètres de large, ainsi que le « Jardin d’émail », une plateforme interactive et praticable spécialement conçue pour le parc de sculptures du musée Kröller-Müller aux Pays-Bas. Le chef-d’œuvre de la série (selon Dubuffet) s’appelle « Closerie Falbala ». Il se trouve à la Fondation Dubuffet à Périgny, en France, et est devenu un monument historique. À propos de cette œuvre, l’artiste disait : « on ressent en ce lieu la sensation de ne plus être dans la nature, mais dans une interprétation mentale de celle-ci. »

Jean Dubuffet Tour aux récits image d’installation

Image d’installation, Jean Dubuffet Tour aux récits à Smithson Plaza. Photo Barney Hindle. Avec l’aimable autorisation de Waddington Custot et Encounter Contemporary



Ce sentiment touche au cœur des intentions que Dubuffet avait pour le Cycle Hourloupe et pour l’Art Brut en général. Lorsqu’il développait l’idée de la série, il écrivait : « La distinction que nous faisons entre réel et imaginaire est infondée. L’interprétation de la réalité qui semble vraie, irréfutable, n’est qu’une invention de notre esprit. » Dans l’esprit de cette idée, la plupart des sculptures Hourloupe n’étaient pas conçues pour être installées dans un lieu spécifique. Dubuffet espérait plutôt qu’elles seraient placées dans de nombreux espaces publics différents, où des personnes de divers horizons pourraient développer leurs propres interprétations singulières de leur signification, selon leur culture et leur époque. Encore une fois, l’installation de « Tour aux récits » dans la Smithson Plaza s’accorde parfaitement avec cette intention. Même s’ils ne peuvent contrôler les conséquences du Brexit, les effets persistants de la pandémie de COVID-19, ou les diverses tribulations royales auxquelles ils font face, les Londoniens contemporains pourront, espérons-le, au moins saisir l’opportunité que cette œuvre leur offre de réimaginer leurs relations personnelles avec la nouvelle réalité qu’ils affrontent.

Image en vedette : Image d’installation, Jean Dubuffet Tour aux récits à Smithson Plaza. Photo Barney Hindle. Avec l’aimable autorisation de Waddington Custot et Encounter Contemporary
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio

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