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Article: Pourquoi Naum Gabo a joué un rôle déterminant dans la sculpture du XXe siècle

Why Naum Gabo Was Instrumental for 20th Century Sculpture - Ideelart

Pourquoi Naum Gabo a joué un rôle déterminant dans la sculpture du XXe siècle

Naum Gabo fut l’un des « artistes importants » emblématiques du XXe siècle. Il fut façonné par son époque, et il développa une position artistique qui, en retour, façonna son temps et le nôtre. Ce qui rend sa contribution particulièrement impressionnante, c’est qu’il a traversé des circonstances qui auraient facilement pu rendre quelqu’un morose. Mais au lieu de succomber à la dépression ou à la défaite, il découvrit les manières dont l’art s’entrecroisait avec la vie quotidienne, et créa des œuvres qui améliorèrent sa vision et celle de beaucoup d’autres. De plus, Gabo faisait partie de la génération d’artistes qui imaginaient qu’un artiste n’avait pas à se limiter à un seul type d’expression créative. Les œuvres créées par Gabo couvrent de nombreuses disciplines, de la sculpture à la peinture, en passant par l’architecture et la scénographie. Il considérait l’artiste non pas comme une figure isolée seule dans une pièce avec son génie, mais comme un ambassadeur créatif engagé socialement, dont l’imagination pouvait être un canal pour la diffusion d’une grande variété d’expériences et de concepts. Pionnier du constructivisme ; membre clé d’Abstraction-Création ; précurseur de l’art cinétique ; Gabo est véritablement un exemple pour les artistes de toutes les générations, montrant non seulement comment s’exprimer à travers leur travail, mais aussi comment intégrer leur œuvre et leur être dans le tissu même de leur culture.

Le chemin vers le constructivisme

Né dans une famille de sept enfants à Briansk, en Russie, Gabo fut renvoyé de l’école à 14 ans pour avoir écrit des poèmes « subversifs ». À 15 ans, il fut témoin direct des atrocités durant la Révolution russe de 1905 qui dura un an et demi. Les scènes de travailleurs battus dans les rues renforcèrent sa conscience de révolutionnaire social et d’indépendant. Mais à cet âge, Gabo n’était pas encore un artiste. Sa première exposition à l’art ne survint qu’à la vingtaine. À 21 ans, il s’inscrivit en faculté de médecine, disant vouloir pouvoir soigner sa mère, qui souffrait de maux de tête. Il changea vite d’orientation, passant rapidement d’une matière à l’autre, étudiant d’abord les mathématiques, puis les sciences, la philosophie et l’ingénierie. Ce n’est qu’en suivant un cours d’histoire de l’art en 1912 et en lisant De l’esprit dans l’art de Wassily Kandinsky que Gabo eut une révélation, réalisant comment les artistes de sa génération croisaient leurs croyances avec d’autres aspects de la vie moderne. Inspiré pour commencer sa vie créative, il partit à Paris avec son frère, Antoine Pevsner, qui devenait lui aussi artiste.

Naum Gabo Bronze coulé de l’albâtre

Naum Gabo - Bronze coulé de l’albâtre dans « Construction avec sculpture en albâtre », 1966. Bronze et plexiglas. 38 × 46,2 × 12,9 cm. Édition 4/6. Photo avec l’aimable autorisation d’Annely Juda Fine Art, Londres

À Paris, Gabo visita le Salon des Indépendants et se lia avec les œuvres des principaux artistes abstraits et modernistes de sa génération. Cette expérience transforma sa vision de ce que l’art pouvait accomplir socialement et politiquement. Il commença par réaliser des sculptures figuratives, mais vit rapidement que les méthodes rigides de l’art historique étaient « mortes ». Avec son frère, Gabo publia le Manifeste réaliste en 1920. Il y dénonce le passé au profit de l’avenir, rejetant la couleur comme élément pictural ; refusant la ligne comme élément graphique imaginaire ; reniant le volume au profit de la « profondeur continue » de la réalité ; rejetant la masse comme nécessité sculpturale ; et renonçant à l’art statique au profit des « rythmes cinétiques ». Il se termine par la déclaration : « L’art est appelé à accompagner l’homme partout où sa vie infatigable se déroule et agit : à l’établi, au bureau, au travail, au repos et aux loisirs ; jours ouvrables et jours fériés, à la maison et sur la route, afin que la flamme de la vie ne s’éteigne pas en l’homme. » Au moment de cette proclamation épique, Gabo avait 30 ans. Il avait déjà vécu une vie épique, qui le préparait parfaitement à émerger comme un révolutionnaire dans le monde de l’art abstrait du début du XXe siècle.

Naum Gabo Thème sphérique variation noire

Naum Gabo - Thème sphérique : variation noire, 1937. Rhodoïde transparent et celluloïd noir.
Diamètre 42,5 cm. Photo avec l’aimable autorisation de la Galerie Natalie Seroussi

Créer l’espace

Une idée clé que Gabo apporta à l’histoire de la sculpture fut qu’une masse n’a pas besoin d’être sculptée ou coulée pour qu’une sculpture existe. Sa méthode était celle de la « construction », bâtissant une forme à partir d’éléments disparates de manière à laisser exister un espace entre eux — une des significations du terme constructivisme. Une autre signification de ce mot, constructivisme, concerne la création d’un art constructif, c’est-à-dire utile ou fonctionnel pour la société. Gabo croyait que sa méthode de construction de sculptures correspondait aussi à cette définition, puisqu’elle incarnait l’idée d’espace, une idée moderne exprimée par Albert Einstein dans sa Théorie générale de la relativité, publiée en 1915, ainsi que le temps, un élément que Gabo ajouta à ses œuvres cinétiques, voyant le mouvement comme une expression à la fois littérale et artistique du passage des instants.

Naum Gabo Construction linéaire dans l’espace

Naum Gabo - Construction linéaire dans l’espace n° 1, 1943. Lucite avec fil de nylon.
61,3 × 61,6 × 25,1 cm. Collection Phillips

Lorsque Gabo retourna en Russie, espérant y faire mûrir ses idées constructivistes au service de son pays natal, l’ère du réalisme socialiste prenait de l’ampleur. Son travail abstrait n’avait aucune valeur pour sa patrie, il fut donc contraint de voyager à nouveau. Il passa du temps en Allemagne, où il se lia avec des membres clés du Bauhaus ; à Paris, où il conçut décors et costumes pour le ballet et se lia avec des artistes comme Piet Mondrian ; et en Angleterre, où il se lia avec des membres de l’École de St. Ives, tels que Barbara Hepworth et Ben Nicholson. Enfin, après la Seconde Guerre mondiale, Gabo vint en Amérique, où il continua d’affiner sa position esthétique jusqu’à sa mort en 1977. L’œuvre qu’il laissa est à la fois le fruit de ses expériences et une réponse à celles-ci. Sa vision s’est formée à partir de l’idée que, historiquement, la civilisation humaine n’avait été guère plus que chaos et violence. Il démontra par son art que les choses superficielles ne sont pas aussi importantes que la substance intérieure et les rythmes universels. Son importance réside non seulement dans l’unicité de sa vision esthétique, mais aussi dans la manière dont son œuvre illustre comment l’art abstrait peut interagir avec la vie quotidienne au service d’un monde plus harmonieux.

Image en vedette : Naum Gabo - Pierre blanche, 1963-1964. Marbre gris pâle sur marbre peint en noir. 46 × 59 cm. Photo avec l’aimable autorisation d’Annely Juda Fine Art, Londres.

Par Phillip Barcio

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