
Patrick Heron et son impact sur l'art abstrait d'après-guerre
Plus tard ce mois-ci, une rétrospective de l’œuvre du brillant peintre abstrait britannique Patrick Heron s’ouvrira à la Tate St. Ives. Ce sera un retour au pays pour l’artiste à plus d’un titre. Heron a vécu, travaillé et est décédé en 1999 dans ce pittoresque village de pêcheurs en Cornouailles, en Angleterre. Bien qu’il fût célèbre au sein de la communauté locale, cette exposition sera la première fois que l’évolution complète de sa position esthétique sera présentée dans la ville désormais connue dans le monde entier pour l’« école » esthétique distinctive qu’il a contribué à établir. Ce sera également un retour pour Heron au musée lui-même. Que les visiteurs en soient conscients ou non, quiconque a déjà visité la Tate St. Ives a déjà été en présence d’au moins une œuvre de Heron. Lors de la construction du musée en 1993, l’artiste fut chargé de créer une fenêtre en vitrail pour le bâtiment. Les architectes s’étaient engagés à incorporer autant de fenêtres que possible afin de laisser entrer un maximum de lumière, car les artistes de St. Ives étaient depuis longtemps reconnus pour leur capacité à capturer la lumière particulière de ce lieu unique. Ils ont offert à Heron une immense fenêtre rien que pour lui. Il adopta une approche inhabituelle pour réaliser son œuvre. Plutôt que de remplacer la fenêtre existante par un vitrail traditionnel à plomb, il colla des sections carrées de verre coloré sur le verre existant, créant ainsi l’un des plus grands vitraux sans plomb au monde. La fenêtre, haute de plus de trois mètres, est une cristallisation exemplaire du langage visuel que Heron a développé au cours de sa carrière. C’est un chef-d’œuvre d’abstraction mûre dans lequel toutes les formes, tous les contenus et toutes les significations émanent des simples éléments de couleur et de lumière.
Développer un amour de la couleur
Le langage visuel parfaitement distillé qui imprègne son monumental vitrail à la Tate St. Ives ne vint pas facilement à Heron. Ni immédiatement. Il débuta comme artiste figuratif, imitant le travail des premiers artistes qui l’inspiraient. Parmi ses inspirations principales se trouvait Paul Cézanne, dont Heron vit l’œuvre pour la première fois en 1933, à l’âge de 13 ans. La manière dont Cézanne capturait la lumière et créait des relations de couleur eut un impact durable sur le jeune artiste. Dix ans plus tard, après avoir vu un tableau de Matisse intitulé L’Atelier rouge, il fut inspiré à passer entièrement à l’abstraction. Ce tableau eut un impact immédiat et profond sur lui en raison de la façon dont il élevait la couleur, en faisant à la fois contenu, médium, sujet et signification. Quatre ans plus tard, en 1947, Heron tiendrait sa première exposition personnelle, dans la même galerie où il avait vu L’Atelier rouge.

Patrick Heron - Grand Diagonal Complexe avec Émeraude et Rouges : mars 1972 - septembre 1974, 1974, Peinture à l’huile sur toile. Collection de Katharine Heron et Susanna Heron. © Succession de Patrick Heron. Tous droits réservés, DACS 2018
Le chemin qu’Heron emprunta initialement vers l’abstraction impliquait la réduction des formes reconnaissables. Un exemple parfait est le tableau Intérieur avec fenêtre sur jardin. Comme Matisse, il était attiré par les formes et silhouettes qu’il voyait autour de lui dans l’environnement visuel quotidien, mais ce qu’Heron recherchait vraiment était simplement d’utiliser ces éléments comme un moyen de traiter la couleur et la lumière. Il était analytique et direct, ne souhaitant rien proclamer de mystique avec son œuvre. Il voulait simplement réaliser des peintures qui exaltaient la beauté du monde visuel, en utilisant la couleur. Une de ses percées survint en 1956 lorsqu’il se tourna vers les lignes comme méthode de construction de ses compositions. Le tableau Verticales, janvier 1956 ne montre que des lignes verticales sans prétendre que ces lignes représentent quoi que ce soit de figuratif. Le tableau Horizontales vertes et mauves pousse l’idée encore plus loin, empilant des lignes de couleur les unes sur les autres de sorte qu’aucune partie du tableau n’est plus importante qu’une autre.

Patrick Heron - Intérieur avec fenêtre sur jardin : 1955, 1955, Peinture à l’huile sur toile, 1219,2 x 1524 mm. Collection privée. © Succession de Patrick Heron. Tous droits réservés, DACS 2018
Un peintre et un penseur
À partir de la fin des années 1950, Heron fut un ardent défenseur de l’abstraction pure. Il resta expérimental, développant plusieurs variations distinctes de son style. Pendant un temps, il créa ce qu’il appelait des « peintures à bords ondulés nets », qui contenaient des formes solides de couleur pure comme dans les peintures abstraites à bords nets, mais les formes dessinées à la main restaient d’apparence organique. Un effet des bords ondulés était de dé-prioriser les formes, permettant à l’attention de rester sur les relations de couleur. Plus tard, après le décès inattendu de sa femme, Heron fit un grand changement dans sa technique. Plutôt que de manier son pinceau avec son poignet, il commença à utiliser tout son bras. Les coups de pinceau dans ces œuvres ultérieures sont plus actifs et expressifs. Comme Heron le comprenait bien, l’esprit humain se connecte au travail du pinceau dans les peintures et imagine automatiquement recréer les mouvements nécessaires pour faire ces marques. Ses larges coups de pinceau étaient un moyen de se relier émotionnellement aux spectateurs sans faire de l’émotion le sujet de l’œuvre.

Patrick Heron - Le Piano : 1943, 1943, Peinture à l’huile sur papier. Avec l’aimable autorisation de Katharine Heron et Susanna Heron. © Succession de Patrick Heron. Tous droits réservés, DACS 2018
Nous pouvons être sûrs qu’Heron était conscient de telles choses que la psychologie du spectateur car, en plus d’être un peintre prolifique et influent, il écrivit également abondamment sur les philosophies sous-jacentes à son approche. En fait, au début de sa carrière, il devint aussi connu pour sa critique d’art que pour ses peintures. Sa popularité en tant qu’écrivain le conduisit même à abandonner ses chroniques régulières de peur d’être connu comme un écrivain qui peint plutôt que l’inverse. Néanmoins, il continua à écrire occasionnellement des essais de catalogue et des éditoriaux influents tout au long de sa carrière. À travers ces écrits, nous voyons qu’il réfléchissait profondément à tous les aspects de son art, un fait qui soulignait son importance non seulement pour l’École de St. Ives, mais pour l’histoire de l’abstraction britannique en général. L’exposition rétrospective Patrick Heron présente 45 œuvres examinant toute l’évolution de la carrière de cet artiste important, et est visible à la Tate St. Ives du 19 mai au 30 septembre 2018.
Image en vedette : Patrick Heron - Peinture du jardin rouge : 3 juin - 5 juin : 1985, 1985, Peinture à l’huile sur toile. Collection de Katharine Heron et Susanna Heron. © Succession de Patrick Heron. Tous droits réservés, DACS 2018
Toutes les images sont fournies par Tate St. Ives
Par Phillip Barcio






