
La Semaine de l’art abstrait – Une culture des formes
Chaque culture possède sa propre langue. Cette langue comprend des systèmes de communication verbale et écrite, mais ne s’y limite pas. La langue d’une culture englobe tout phénomène qui identifie les membres de cette culture entre eux et aux éléments essentiels partagés qui collaborent à incarner leur esprit commun. Un être humain peut appartenir à plusieurs cultures. Nous lisons nos langues culturelles dans les visages, les vêtements, les odeurs et les sons des autres, ainsi que dans nos mouvements, nos reliques, notre architecture, notre politique et notre art. L’artiste abstrait Parviz Tanavoli est un exemple de personne appartenant à plusieurs cultures. Artiste contemporain iranien le plus célèbre, Tanavoli se spécialise dans la création du rien. Il appelle les riens qu’il crée heeches. Heech est un mot persan signifiant néant ou vide. Les heeches que Tanavoli réalise prennent la forme d’abstractions calligraphiques du mot. Il a fabriqué des heeches en néon, métal, bois et plastique, et de toutes tailles. Il a récemment dévoilé sa plus grande sculpture heech à Toronto, au Musée Aga Khan. Les cultures auxquelles Tanavoli appartient incluent la culture artistique, la culture iranienne et la culture canadienne. Il est aussi membre de la plus grande culture humaine : la culture des formes. Cette culture rassemble tous ceux qui répondent à la forme comme à une langue en soi. Les qualités abstraites de la forme communiquent les éléments fondamentaux de l’existence, tels que le volume, la masse et l’espace. La forme est tout. Sans forme, nous n’aurions rien. Mais comme le montre l’œuvre de Parviz Tanavoli, le rien peut être quelque chose. Cette semaine, nous célébrons la plus grande culture humaine en mettant en lumière cinq expositions actuelles d’art abstrait qui explorent la langue de la culture des formes.
Leslie Roberts : FYEO, chez MINUS SPACE, Brooklyn, NY
Exposition jusqu’au 29 octobre 2016
Cette exposition examine ce que Leslie Roberts appelle ses « manuscrits illuminés du quotidien ». Ces compositions d’une complexité incommensurable de formes abstraites évoquent le flot d’informations sensorielles, ou ce que Roberts désigne comme des « collections de langage ambiant », que les humains absorbent en étant immergés dans la culture informationnelle contemporaine.
Willys de Castro : Des peintures aux objets 1950-1965, chez Cecilia Brunson Projects, Londres
Exposition jusqu’au 9 décembre 2016
Membre du Mouvement Néo-Concrete brésilien, Willys de Castro a créé un langage de formes divers et singulier oscillant entre l’espace bidimensionnel et tridimensionnel. Cette exposition retrace son évolution dans les années 1950 et 60 alors qu’il transformait le langage rigide de l’abstraction géométrique en un langage vivant de forme abstraite minimale.
Willys de Castro - Sans titre, papier millimétré découpé et plié, 9x18cm, années 1950
Rodolfo Arico : Ligne de démarcation, chez Luxembourg & Dayan, Londres
Exposition jusqu’au 17 décembre 2016
Il s’agit de la première grande exposition personnelle au Royaume-Uni de l’artiste italien Rodolfo Arico, architecte de formation qui a consacré une grande partie de sa carrière à la création de peintures-objets façonnées. Ces œuvres parlent un langage de formes qui définissent l’espace et la couleur et remettent en question les démarcations entre les frontières esthétiques traditionnelles, telles que la sculpture et la peinture.
Rodolfo Arico - Scatola, angle vert, 1968
DON VOISINE : X/V, au Centre d’Art Contemporain du Maine, Rockland, ME
Exposition jusqu’au 28 octobre 2016
Cet artiste natif du Maine travaille désormais à Brooklyn, où il crée des œuvres abstraites menaçantes basées sur un langage architectural de formes. Ses compositions aux contours nets paraissent à la fois dominantes et retenues, comme l’environnement bâti d’un paysage urbain dépourvu d’activité organique.
Don Voisine - Double Elvis
À la une : Li Yuan-Chia, Galerie Richard Saltoun, Londres
Exposition jusqu’au 25 novembre 2016
Né dans la province de Guangxi, Li Yuan-Chia a grandi dans des orphelinats en Chine. Après être arrivé à Taïwan, il a commencé sa carrière d’artiste. Mais comme l’art abstrait et conceptuel rompait avec la tradition chinoise et taïwanaise, il a rapidement quitté son pays natal pour poursuivre sa vision esthétique. En Europe, il a créé un langage complexe et passionné de formes mêlant abstraction et calligraphie chinoise. Cette œuvre est au cœur de cette exposition personnelle.
Li Yuan-Chia - Sans titre, 1958, encre de pinceau de calligraphie chinoise et aquarelle sur papier
Parviz Tanavoli, Musée Aga Khan, Toronto
Exposition jusqu’au 30 avril 2017
Trois sculptures monumentales de Parviz Tanavoli, dont son Grand Heech, sont actuellement exposées dans le parc de sculptures du Musée Aga Khan.
Parviz Tanavoli - Amants horizontaux, exposé au Musée Aga Khan, 2016
Image en vedette : Leslie Roberts - Fyeo, Minus Space, Brooklyn, New York, 2016, vue de l’installation
Par Phillip Barcio






