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Article: Comment Arman a redéfini l'assemblage

How Arman Redefined Assemblage - Ideelart

Comment Arman a redéfini l'assemblage

Rien n’est plus passionnant pour un amateur d’art que d’entendre l’histoire d’un artiste racontée par l’artiste lui-même. Le récit de la transformation du jeune Armand Fernandez en Arman, l’un des artistes conceptuels les plus novateurs du XXe siècle, a été raconté en personne lors d’une interview d’Arman enregistrée en 1968 pour les Archives de l’Art Américain. Dans cette interview captivante, Arman relate avec charme son parcours de vie jusqu’à ce moment-là. Il évoque sa jeunesse d’avant-guerre, grandissant à Nice avec des parents aimants. Son père, issu d’un milieu privilégié, était d’une grande douceur, un « peintre du dimanche (amateur) » et possédait une boutique d’antiquités. La mère d’Arman venait d’une famille pauvre et n’était pas acceptée par les riches parents de son mari. Elle était forte, brillante, déterminée et musicienne talentueuse. Arman se souvient avoir failli mourir de faim pendant l’occupation nazie, et parle fièrement de son histoire artistique d’après-guerre ainsi que de son apprentissage du judo. Enfin, il raconte les aventures qui l’ont conduit à devenir membre fondateur du Nouveau Réalisme, un mouvement qui, selon lui dans l’interview, « a duré vingt minutes ».

Arman, Klein et Pascal Partagent le Monde

L’histoire de la manière dont Arman s’est lié aux membres fondateurs des Nouveaux Réalistes est celle de trois jeunes amis voyageant ensemble à travers l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Un après-midi, ces trois amis (Arman, l’artiste Yves Klein et le poète Claude Pascal) se retrouvent sur la plage. Comme le raconte Arman, « …nous avons décidé de devenir rois, mais pas des rois pour avoir la couronne, mais des rois responsables, conscients, responsables… Et nous avons partagé le monde. Yves Klein devait prendre tout ce qui était vie organique… vivant. Claude Pascal, tout ce qui était naturel mais pas vivant, comme les pierres. Et moi, tout ce qui était fabriqué. »

l'artiste américain arman est né à nice france en 1928 et est décédé à new york états-unis en 2005

Arman - Déchets Bourgeois, 1959. © 2018 Arman Studio

Pendant les six décennies suivantes, Arman étendit son domaine sur « tout ce qui était fabriqué » en exprimant esthétiquement les processus de production, de consommation et de destruction. Il rassembla d’immenses accumulations de produits, se concentrant sur des collections d’objets semblables, d’objets trouvés et de déchets. Il créa des assemblages, réalisa des estampes et des peintures, construisit des sculptures et des reliefs, et enferma souvent ses créations dans du Plexiglas ou du béton. Il s’attacha à explorer un langage visuel répétitif basé sur des produits fabriqués en série. Le fruit de ses efforts prolifiques fut qu’à sa mort en 2005, Arman était devenu l’artiste conceptuel le plus célèbre au monde travaillant la technique de l’assemblage.

collections de peintures modernes précoces et œuvres d'assemblage

Arman - Poubelle des Enfants, 1960. © 2018 Arman Studio

L’Art de l’Accumulation

Tout au long de sa carrière, Arman accumula des choses. Il était un collectionneur-né. L’une de ses premières expressions de l’acte d’accumulation fut de rassembler et d’exposer des accumulations de déchets. Il exposa ses accumulations d’ordures sous forme d’œuvres qu’il appelait Poubelles (le mot français pour poubelle). Certaines des Poubelles d’Arman étaient présentées dans des boîtes en bois ou en Plexiglas. Dans ce qui fut peut-être sa Poubelle la plus célèbre, la plus grande et la plus ambitieuse, Arman remplit tout l’espace d’exposition de la Galerie Iris Clert à Paris avec des déchets. L’exposition s’appelait « Full Up » et répondait à une exposition organisée deux ans plus tôt dans la même galerie par son ami Yves Klein intitulée « Le Vide », où la galerie avait été peinte en blanc uni et exposait un espace vide à l’exception d’une armoire vide contre un mur.

biographie et expositions de l'artiste américain arman

Les Colères d’Arman - Moulin Cubiste, 1961. © 2018 Arman Studio

En plus des déchets, Arman rassembla des assortiments d’objets semblables encore utiles comme produits. Il commença par de simples accumulations d’objets tels que des fers à repasser, des tampons en caoutchouc et des tubes de peinture. Comme pour ses accumulations de déchets, il exposa ces accumulations enfermées dans du Plexiglas ou dans des boîtes en bois. Dans les années 1960, il commença à accumuler des objets ayant un impact esthétique plus dramatique, tels que des haches, des perceuses, des instruments de musique, des pièces de machines, des pièces de voiture et des vêtements. Lorsqu’il commença à assembler ces objets en sculptures tridimensionnelles, il créa ce qui devint finalement son style signature d’assemblage.

biographie d'arman et expositions individuelles et collectives dans différentes galeries

Les Colères d’Arman - La Hache de Barney, 1962. © 2018 Arman Studio

Une Esthétique Fracassante dans l’Art d’Armand Fernandez

En plus de compiler ses accumulations emblématiques et de créer ses assemblages caractéristiques, qui examinaient les objets manufacturés sous l’angle de la consommation et du gaspillage, Arman consacra aussi beaucoup de temps à réfléchir à la destruction. Dans un ensemble d’œuvres qu’il appela Colères, Arman brisa ou brûla intentionnellement des objets puis arrangea leurs morceaux brisés en compositions abstraites sur une toile. Le mot colères signifie colère en français, et Arman qualifiait ces œuvres de ses « colères ». Ses Colères comprenaient le bris d’instruments de musique tels que pianos, saxophones et violons, ainsi que d’objets du quotidien comme moulins à café, machines à écrire et appareils photo.

expositions à new york et paris france

Arman - Chaises Violoncelle, 1993, Chaises en bronze coulées en forme de violoncelle, 85 x 41 x 48 cm. © 2018 Arman Studio

Arman explora aussi la destruction sous l’angle de la découpe, en sectionnant des objets. Comme pour ses objets brisés, il tranchait souvent des objets tels que des instruments de musique et les exposait sur des toiles. Parfois, il découpait des parties d’une sculpture, par exemple une statuette de Jeanne d’Arc de 1962 dont il découpa de larges sections du corps. Parfois, ces objets tranchés semblaient être une énigme philosophique, cherchant à comprendre le fonctionnement d’un objet en le démontant pour qu’il ne fonctionne plus. D’autres fois, comme avec son assemblage tranché de 1997 The Spirit of Yamaha, ils frôlaient le fantaisiste, voire l’absurde.

expositions collectives dans des musées

Arman - Section Taureaux, 1956, Traces de tampons en caoutchouc sur papier fixé sur panneau, 50 x 31 cm. © 2018 Arman Studio

Arman le Producteur contre Arman l’Artiste

Arman ne s’intéressait pas seulement aux objets trouvés et aux détritus. En plus d’examiner l’accumulation, la consommation et la destruction des produits, Arman consacra une grande partie de sa carrière à étudier l’acte de production. Il le fit par la sculpture. Il réalisa un jour un moule en plâtre du corps nu de son ami Yves Klein, le coula en bronze puis le peignit en Bleu Yves Klein Blue. Et comme pour le reste de ses techniques, il revint souvent dans ses sculptures au motif des instruments de musique. Parfois, ses sculptures d’instruments de musique étaient réalisées en plusieurs exemplaires, parfois elles étaient découpées et exposées en morceaux, et parfois il les transformait en meubles comme un pied de table ou une chaise.

expositions muséales à new york et paris

Arman - Allure au Bretelle, 1958, Encre sur papier montée sur toile, 150 x 204 cm. © 2018 Arman Studio

Œuvres Bidimensionnelles

Arman fut aussi un créateur prolifique d’œuvres bidimensionnelles. Avant d’inventer son style signature d’assemblage, il commença son examen des multiples avec des œuvres bidimensionnelles. Ses premières explorations des multiples prirent la forme de ce qu’il appelait Cachets et Allures. Les Cachets étaient des œuvres bidimensionnelles créées à partir de marques répétées faites sur une surface à l’aide de tampons en caoutchouc traditionnels. Les Allures étaient similaires, mais consistaient à réaliser des compositions abstraites à partir d’impressions en forme de tampons d’objets ordinaires trempés dans l’encre.

nouveau réalisme par l'artiste franco-américain arman

Arman - Sans titre, 1994, Peinture acrylique et pinceaux fixés sur toile. © 2018 Arman Studio

À travers un ensemble d’œuvres qu’il appela ses Peintures au Pinceau, Arman comblait le fossé conceptuel entre ses œuvres bidimensionnelles et sa pratique de l’accumulation et de l’assemblage. Dans ces œuvres, il utilisait un pinceau chargé de peinture pour appliquer le médium sur une surface bidimensionnelle, puis fixait le pinceau à la surface. Le résultat était une peinture contenant des éléments sculpturaux des pinceaux mêmes qui l’avaient peinte. Bien qu’Arman ait rendu de nombreux hommages et références aux Cubistes tout au long de sa carrière, ces pièces représentent un triomphe conceptuel dans leur capacité à capturer le temps et le processus, devenant quadridimensionnelles dans leur présence, atteignant quelque chose de cher aux Cubistes eux-mêmes.

musée du nouveau réalisme à new york et parisArman - Stationnement Longue Durée, 1982. © 2018 Arman Studio

L’Héritage Public d’Arman

L’un des dons les plus essentiels d’Arman est son authenticité. Dès son plus jeune âge, il fut un collectionneur et quelqu’un qui appréciait les objets manufacturés, des traits encouragés par le métier de son père, antiquaire. Il était authentiquement un amoureux de la musique, un trait encouragé par sa mère, violoncelliste. Pendant la guerre, il frôla la famine pendant de nombreuses années avec la plupart de ses voisins. Ces premières influences se manifestèrent par une appréciation de l’esthétique des instruments de musique, une fascination pour les ressources accumulées, gaspillées et jetées, ainsi qu’un amour pour la collection, la conservation et la préservation.

arman et le nouveau réalisme

Arman - Nuits de Chine, 1976. © 2018 Arman Studio

Lorsqu’il arriva en Amérique dans les années 1960, Arman découvrit une culture différente de celle de l’Europe d’après-guerre qu’il avait quittée. Il fut témoin d’une consommation de masse à une échelle jamais vue auparavant dans le monde. Son commentaire durable sur la culture dont il faisait partie se résume au mieux par l’une de ses sculptures publiques monumentales, une œuvre de 18 mètres de haut appelée Stationnement Longue Durée. L’œuvre est composée de 60 automobiles enfermées dans du béton.

arman né à nice france décédé à new york états-unis en 2005

Arman - The Spirit of Yamaha, 1997, Piano à queue tranché avec motos Yamaha. © 2018 Arman Studio

Bien que peut-être ambiguë dans sa signification, cette sculpture, comme beaucoup d’œuvres d’Arman, parle à quelque chose d’intuitif et de moderne qui touche tout être humain contemporain. Elle évoque l’idée même de l’assemblage : assembler des parties disparates, transformer nos morceaux jetés, nos fragments brisés, nos décombres et notre identité collective en quelque chose de signifiant, et si nous avons de la chance, de beau.

Image en vedette : Arman - Accumulation Renault n° 106, 1967
Toutes les images sont utilisées à des fins d’illustration uniquement
Par Phillip Barcio

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