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Article: Tachisme - Le mouvement d'art abstrait des Français

Tachisme - The Abstract Art Movement of the French - Ideelart

Tachisme - Le mouvement d'art abstrait des Français

Le Tachisme fut l’un des mouvements artistiques les plus dynamiques et fascinants à émerger au milieu du XXe siècle, pourtant il est largement mécompris. La plupart des écrivains et historiens réduisent simplement le Tachisme à la version française de l’expressionnisme abstrait, en raison des similitudes qu’ils perçoivent entre les caractéristiques visuelles des deux mouvements, et parce que ces deux courants artistiques semblent être apparus, ou du moins avoir été nommés, à peu près à la même époque, au début des années 1950. Mais une telle analyse superficielle me semble diminuer les artistes associés au Tachisme, et elle semble aussi fondamentalement déformer l’intention et la diversité de leur travail. Qu’est donc le Tachisme, sinon la version française d’un mouvement artistique américain ? Ce n’est peut-être pas si simple à dire. Les peintures associées au Tachisme se caractérisent souvent par des coups de pinceau organiques et énergiques, et leurs compositions tendent à être lyriques et dépourvues de formes reconnaissables, mais ce n’est pas toujours le cas. L’absence générale de formes discernables dans le Tachisme est cependant suffisamment fréquente pour que ce dernier soit associé au grand mouvement européen d’après-guerre appelé « Art Informel ». Le mot informel ne signifiait pas « décontracté » ; il signifiait « sans forme ». L’origine du mot Tachisme vient de « tache », un terme français désignant une « tâche », comme une substance renversée éclaboussée sur une surface. Certains peintres liés au Tachisme, comme Georges Mathieu, ont développé des langages visuels qui ont beaucoup en commun avec des éclaboussures de peinture, ce qui est encore une des raisons pour lesquelles le Tachisme a été mal interprété comme la version française de l’expressionnisme abstrait — les deux mouvements impliquaient des peintres éclaboussant la toile. Mais plutôt que de le considérer comme un exemple d’Européens copiant les Américains, il me semble préférable d’essayer d’analyser le Tachisme selon les tendances et méthodes qui lui sont propres. Lorsqu’on lui accorde l’attention qu’il mérite, le Tachisme apparaît comme une position esthétique unique, ancrée fermement en Europe, dont les racines remontent au moins aux premières années du XXe siècle.

Racines lyriques

D’un point de vue visuel, en termes certes simplistes, l’art abstrait a toujours oscillé entre deux positions esthétiques apparemment contradictoires : la géométrique et la lyrique. « Carré noir » (1915) de Kazimir Malevitch est un parfait représentant précoce de l’abstraction géométrique. « Composition VII » (1913) de Wassily Kandinsky est un parfait représentant de son opposé lyrique. Ces deux positions existent depuis l’aube de l’art visuel, et à tout moment il y a toujours eu des artistes explorant ces deux types d’abstraction, ainsi que de nombreux artistes dont la position esthétique mêle les deux, créant un spectre avec une infinité de points intermédiaires. Même lorsqu’il s’agit de deux artistes censés adhérer à une position extrême ou à l’autre, des éléments comme l’intention, la méthode et le médium différencient le type d’œuvre qu’ils réalisent. Par exemple, Kazimir Malevitch avait des raisons différentes de créer de l’art géométrique que Donald Judd ou Ellsworth Kelly.

Peinture Carré noir de Kazimir Malevich

Kazimir Malevich - Carré noir, 1915. Huile sur lin. 79,5 x 79,5 cm. Galerie Tretiakov, Moscou.

De même, Wassily Kandinsky réalisait des œuvres abstraites lyriques pour des raisons différentes de celles des artistes associés au Tachisme, qui, on peut l’imaginer, créaient leurs œuvres pour des raisons différentes de celles des expressionnistes abstraits. Wassily Kandinsky utilisait l’abstraction lyrique comme un moyen de trouver l’équivalent visuel de la musique. Les expressionnistes abstraits cherchaient plutôt à canaliser l’inconscient pour exprimer leur angoisse et leur anxiété. Ils s’intéressaient à la psychothérapie, et leur art découlait de cette manière de penser, ce qui le rendait extrêmement personnel et dramatique. Le Tachisme partage des qualités visuelles avec Kandinsky et l’expressionnisme abstrait, en ce qu’il incorpore des marques intuitives, organiques et gestuelles, mais il n’a rien à voir avec la musique, et peu avec la psychothérapie ou le drame personnel. À en juger par les œuvres, il s’agit davantage de physicalité, de matérialité, de points communs et de l’expression brute de l’énergie naturelle dans un champ visuel.

Définir le Tachisme

L’un des premiers artistes associés au Tachisme est Hans Hartung. Sa position esthétique caractéristique se définit par de longues marques linéaires, fortement angulaires. Ses peintures ressemblent souvent à des lignes griffées dans le sable, ou aux traces laissées par des coups de fouet. Hartung réalisait ces peintures dès les années 1930. Un autre artiste lié au Tachisme est Karel Appel, du groupe CoBrA. Appel adoptait un style primitiviste qui s’apparentait aux dessins d’enfants. Son œuvre était instinctive, fantaisiste et brute. Ensuite, il y a Georges Mathieu, que j’ai déjà mentionné, dont le style évoquait des éclaboussures de peinture. Mais ses compositions n’avaient rien à voir avec celles de Jackson Pollock, le peintre expressionniste abstrait éclaboussant la toile. Mathieu évitait le style « tout partout » associé à Pollock, et était plus méthodique, voire traditionnel, dans ses choix de composition. L’un des artistes les plus célèbres associés au Tachisme, Pierre Soulages, est encore vivant. Son travail de la période Tachisme repose sur l’exploration du geste et du coup de pinceau ; il est calligraphique et audacieux, ancré dans la couleur et la ligne.

En plus de ceux que j’ai mentionnés, des dizaines d’autres artistes sont associés au Tachisme. Ils viennent du monde entier et sont connus pour une grande variété de méthodes et de styles. S’il y a un espoir de définir ce qu’est vraiment le Tachisme, il faut donc dépasser les superficialités et se demander ce que ces artistes si divers ont en commun, le cas échéant. À mon avis, la réponse a quelque chose à voir avec la nature. Certains, comme Appel ou Jean Dubuffet, ont réfléchi profondément à la nature originelle et primitive de l’humanité. D’autres, comme Alberto Burri, s’intéressaient aux forces mêmes de la nature, et aux façons dont la nature s’organise dans l’espace. D’autres encore, comme Jean-Paul Riopelle et Sam Francis, cherchaient à exprimer les puissances de la nature à travers leurs propres actions. Par ailleurs, des artistes comme WOLS et Antoni Tàpies étaient surtout intéressés par la confrontation avec la nature humaine. Tous ces artistes ont canalisé leur intérêt pour la nature de manière abstraite, par des interventions directes et physiques sur leurs matériaux. Pour moi, cela signifie que le Tachisme n’est même pas de loin l’équivalent français de l’expressionnisme abstrait. C’est une position unique, qui exprime véritablement son mot racine — tout comme une tache, il repose sur des forces naturelles, comme la gravité et le mouvement, et sur la pure matérialité de la peinture.

Image en vedette : Georges Mathieu - Vaires, 1965. Huile sur toile. 97 x 195 cm (38¼ x 76¾ po). Acquis directement auprès de l’artiste par le propriétaire actuel en 2006. Collection Christies.
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio

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