
Les peintures abstraites de femmes les plus célèbres
Une peinture peut potentiellement révéler bien plus que ce que nos yeux perçoivent. Par exemple, que révèle-t-elle à notre esprit ? Certaines des œuvres réalistes les plus célèbres sont des portraits de femmes. Mais que communiquent ces célèbres peintures de femmes aux spectateurs, au-delà de ce qui est visible en surface ? Elles peuvent témoigner de la maîtrise de leurs créateurs, mais transmettent-elles aussi l’essence intérieure de leurs sujets féminins ? Elles peuvent représenter visuellement leur époque, mais extrapolent-elles une compréhension culturelle ou historique du genre ? Montrent-elles simplement des images de femmes dans diverses situations, ou explorent-elles les significations profondes contenues dans les réalités féminines circonstancielles ? Les peintures abstraites ont parfois un avantage sur ces questions, car elles encouragent naturellement les spectateurs à chercher au-delà de la surface. Voici dix célèbres peintures abstraites de femmes qui nous ont aidés à approfondir notre compréhension de la féminité sous les divers angles du genre, de l’histoire, de la culture et de l’esthétique.
Lee Krasner - Gaea
Vous êtes-vous déjà demandé d’où vient l’expression Mère Nature ? Les anciens Grecs croyaient que la créatrice de l’univers était une entité féminine nommée Gaea. Elle a donné naissance à toutes choses existantes, y compris tous les autres dieux et déesses ainsi que la race humaine. Lee Krasner a peint sa monumentale œuvre abstraite Gaea en 1966. Cette peinture marque une évolution importante dans son travail, alors qu’elle sortait d’une période particulièrement difficile de sa vie personnelle. Ses couleurs explosives et ses gestes expressifs incarnent un mélange complexe de puissance, beauté, énergie et harmonie. En tant qu’expression abstraite de l’essence féminine originelle et éternelle dans l’univers, elle occupe une place de premier plan parmi les peintures abstraites de femmes.
Lee Krasner - Gaea, 1966. Huile sur toile. 175,3 x 318,8 cm. Fonds Kay Sage Tanguy. 212.1977. Collection MoMA. © 2019 Pollock-Krasner Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York
Pablo Picasso - Ma Jolie
Ma Jolie se traduit par Ma Jolie Fille, une chanson française populaire à l’époque où Picasso peignait son œuvre cubiste du même nom. Cette expression était aussi le surnom affectueux qu’il donnait à sa compagne, Marcelle Humbert. En tant que l’une des premières et des plus mémorables expressions du cubisme analytique, cette peinture est célèbre pour des raisons peu liées à son sujet. Mais en tant que portrait de femme, elle est aussi extrêmement expressive. L’expression digne de nonchalance sur la tête en haut à droite ; la sensualité charnue des orteils ; les notes de musique et la main qui gratte la guitare ; la multitude vertigineuse de perspectives et de sources lumineuses ; tout cela évoque le mélange de fantaisie, de sérieux, de respect et de mystère qui définit les sentiments que Picasso a exprimés toute sa vie pour l’âme féminine.
Pablo Picasso - Ma Jolie, 1911. Huile sur toile. 100 x 64,5 cm. Acquis par legs Lillie P. Bliss (par échange). 176.1945. © 2019 Succession Pablo Picasso / Artists Rights Society (ARS), New York
Georgia O’Keeffe - Abstraction (femme endormie)
Georgia O’Keeffe a éliminé tout ce qu’elle jugeait superflu. Elle cherchait à plonger les spectateurs dans une sensation. Pour ce faire, elle créait souvent des images en gros plan à grande échelle, enveloppant les spectateurs dans l’espace pictural. Cette peinture fait partie de plusieurs compositions abstraites similaires qu’O’Keeffe a réalisées d’une femme endormie. Elle l’a dessinée au fusain puis retravaillée au pinceau humide, créant une éthéréité onirique dans le cadre. C’est une image de grâce stoïque et digne, qui évoque quelque chose de transitoire et délicat, ancré à la terre et pourtant éternel.
Georgia O Keeffe - Abstraction (femme endormie), 1916. Fusain et lavis à l’aquarelle sur papier
Kazimir Malevich - Femme avec seaux : arrangement dynamique
Kazimir Malevich était un fervent partisan de l’abstraction. Un an après avoir peint cette œuvre, il inventa son style emblématique, le suprématisme, qui rejetait le sujet au profit des universalités. Cette peinture d’une femme ne parle pas tant d’une femme que des qualités formelles de la composition. Ce qu’elle communique sur la féminité est subjectif. Mais dans l’intention de l’artiste, on trouve quelque chose de démocratique et, en effet, d’universel. Le titre, Femme avec seaux, fait référence aux rôles traditionnels féminins dans la classe ouvrière russe à l’époque où Malevich réalisa l’œuvre. Le fait qu’il ait choisi ce sujet montre qu’il cherchait une manière utopique de voir le monde, non pas en termes divisifs comme les genres et les classes sociales, mais en termes de points communs.
Kazimir Malevich - Femme avec seaux : arrangement dynamique. 1912-13 (daté au verso 1912). Huile sur toile. 80,3 x 80,3 cm. Acquisition de 1935 confirmée en 1999 par accord avec la succession de Kazimir Malevich et rendue possible grâce aux fonds du legs Mrs. John Hay Whitney (par échange). 815.1935. Collection MoMA
Joan Miró - Femme aux trois poils entourée d’oiseaux dans la nuit
Joan Miró ne s’est jamais entièrement plongé dans l’abstraction totale. Il a plutôt cultivé une voix esthétique unique incorporant une iconographie primitive, des formes réduites et une palette de couleurs vibrante et limitée. Par ce style singulier, il a pu communiquer des profondeurs de manière directe, simple et souvent fantaisiste. Il a souvent exploré le thème de la femme et des enfants dans son œuvre. Cette image abstraite d’une femme solitaire exprime une force tranquille et un équilibre. Elle est méditative et suggère une figure en contemplation des plaisirs quotidiens. C’est une image de sécurité, de solitude et d’harmonie. Malgré son étrangeté étrange, elle évoque la joie.
Joan Miro - Femme aux trois poils entourée d’oiseaux dans la nuit Palma/ 2 septembre 1972. Huile sur toile. 243,5 x 168,9 cm. Don de l’artiste en l’honneur de James Thrall Soby. 116.1973. Collection MoMA. © 2019 Successió Miró / Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris
Willem de Kooning - Femme I
Figure majeure de l’expressionnisme abstrait, Willem de Kooning s’est spécialisé dans des toiles énergiques et émouvantes. Sa technique était à la fois spontanée et exigeante. Il peignait des couches agressives et immédiates, puis les grattait, ajoutant et supprimant au fil du temps. Ses nombreuses peintures de femmes ont été interprétées comme grotesques, colériques, voire misogyne. Mais il a nié ces associations, préférant réfléchir à leur nature primitive et à la filiation qu’elles partagent avec les représentations classiques de la féminité. Cette peinture la plus célèbre de sa série Femme semble appropriée comme exemple de cette dualité entre l’intention de l’artiste masculin en peignant une femme et la manière dont le résultat final peut être interprété par les spectateurs. Elle nous offre une image abstraite emblématique d’une femme, ainsi qu’un point de départ pour une conversation plus large sur l’objectification et l’intention en art.
Willem de Kooning - Femme I, 1950-1952. Huile et peinture métallique sur toile. 192,7 x 147,3 cm. 478.1953. Collection MoMA. © 2019 The Willem de Kooning Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York
Maria Lassnig - Frühstück mit Ohr (Petit déjeuner avec une oreille)
Maria Lassnig - Frühstück mit Ohr (Petit déjeuner avec une oreille), 1967. © Maria Lassnig
Yves Klein - Anthropométrie de l'époque bleue
Comme pour beaucoup d’œuvres de Yves Klein, cette peinture comporte une couche conceptuelle qui mérite d’être évoquée. Il ne l’a pas peinte seul, mais a participé à sa création en tant que metteur en scène. L’anthropométrie est l’étude des dimensions physiques du corps humain. Pour sa série Anthropométrie, Klein dirigeait des assistantes féminines qui se dénudaient et se couvraient de Bleu Klein, sa teinte éponyme. Les assistantes imprimaient ensuite physiquement leurs corps peints sur des surfaces, étendues au sol ou fixées au mur. Cette peinture est en un sens une peinture d’action. En un autre sens, c’est un reportage, car elle crée un enregistrement physique d’un événement réel. En tant qu’image abstraite, elle suggère puissamment la sensualité. Elle évoque aussi le chromosome X, symbole de la féminité génétique. D’un point de vue conceptuel, elle peut être répréhensible par son usage d’un travail féminin objectivé pour achever une vision esthétique masculine et lubrique.
Yves Klein - Anthropométrie de lépoquebleue, 1960. Bleu Klein International sur papier sur bois. © 2019 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris
Carrie Moyer - Tableau
Souvent, l’œuvre de Carrie Moyer est chargée politiquement, comme dans ses affiches Agitprop, engagées dans un activisme social direct et un commentaire graphique. D’autres fois, comme dans ses estampes abstraites, elle semble enveloppée dans des universalités métaphysiques. Dans ses peintures, ces deux pôles convergent souvent dans des compositions graphiquement contenues combinant ce qu’elle appelle « à la fois illusionnisme et aplatissement ». Sur le plan formel, Tableau possède une gravité compositionnelle et montre une maîtrise de la sensualité du médium acrylique. Son sens de la féminité est nettement contemporain, évoquant à la fois quelque chose de primitif et humain et quelque chose de futuriste et étranger, l’ancrant dans un présent étrange mais réconfortant.
Carrie Moyer - Tableau, 2008. Acrylique, paillettes sur toile. © Carrie Moyer
Wangechi Mutu - Non je ne regrette rien
Il serait simpliste de dire que les peintures de l’artiste kenyane Wangechi Mutu sont sur la femme, ou à propos des femmes. Mais elles sont remplies d’un langage de formes communicatives de la féminité physique. À travers ses images obsédantes, Mutu exprime l’expérience vaste et variée de la manière dont le corps féminin est perçu dans la culture mondiale. Cette peinture, intitulée d’après la chanson d’Edith Piaf Non je ne regrette rien, célèbre et objectifie simultanément le corps féminin tout en évoquant des universalités subconscientes par des images féminines totémiques.
Wangechi Mutu - Non je ne regrette rien, 2007. Encre, peinture, techniques mixtes, matériaux végétaux et perles en plastique sur Mylar. 137 x 221 cm. 54 x 87 1/8 pouces. Victoria Miro
Image en vedette : Georgia O Keeffe - Abstraction - Femme endormie (détail), 1916, fusain et lavis à l’aquarelle sur papier
Toutes les images sont utilisées à des fins d’illustration uniquement
Par Phillip Barcio






