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Article: Combiner l'abstrait et le figuratif - Art d'Albert Oehlen

Combining the Abstract and the Figurative - Art of Albert Oehlen - Ideelart

Combiner l'abstrait et le figuratif - Art d'Albert Oehlen

À première vue, beaucoup des peintures de Albert Oehlen paraissent compliquées, comme l’équivalent visuel du bruit. Elles combinent des éléments figuratifs avec des éléments purement abstraits. Elles intègrent un assortiment vaste et en constante évolution de procédés, matériaux et techniques. Lorsqu’on se concentre sur ces éléments disparates, les compositions peuvent parfois sembler disjointes et inharmonieuses. Mais considérées sous un angle plus large, non pas comme des déclarations visuelles finales mais comme des déclencheurs d’une réponse esthétique plus profonde, un sentiment d’harmonie émerge dans ses peintures. Oehlen a été l’élève de Sigmar Polke, un peintre, photographe et professeur allemand qui a remis en question les frontières entre figuration et abstraction. Il a aussi été colocataire de Martin Kippenberger, un artiste multimédia d’origine allemande également connu pour explorer la manière dont le monde objectif croise l’abstrait. Il est aussi un ami de longue date de Christopher Wool, un peintre qui combine des messages audacieux basés sur le texte avec l’abstraction de façon à créer des lignes nettes entre les deux, tout en suggérant simultanément qu’ils sont identiques. Par la manière dont il combine figuration et abstraction, l’ensemble de l’œuvre qu’Oehlen a créé partage un héritage clair avec celui de ces trois autres artistes. Mais il partage aussi une autre ressemblance importante, moins évidente : il est plus simple qu’il n’y paraît.

L’évolution d’Albert Oehlen

Albert Oehlen est né en 1954 à Krefeld, en Allemagne, au nord-ouest de Düsseldorf. Il a grandi dans une famille d’artistes. Le père d’Oehlen était artiste, et son frère Markus, de deux ans son cadet, est devenu un artiste accompli de pop abstrait travaillant aussi bien la peinture que la sculpture. Albert a dit qu’il a toujours su qu’il deviendrait artiste, comme si c’était une évidence. Mais le choix de se concentrer sur la peinture, et en particulier sur la peinture abstraite, est venu à lui progressivement au fil du temps.

Oehlen a terminé ses études à l’Université des Beaux-Arts de Hambourg en 1978. Après l’école, il a expérimenté diverses formes d’expression, y compris la musique. Mais c’est après avoir quitté l’Allemagne pour l’Espagne, où il s’est retrouvé à partager un logement avec Martin Kippenberger, qu’il a trouvé sa voix en tant que peintre abstrait. Dans une interview accordée à Interview Magazine en 2009, Oehlen explique qu’il a saisi cette opportunité pour transformer son approche de l’art. « Je voulais commencer quelque chose de nouveau dont je rêvais depuis longtemps, à savoir la peinture abstraite », a déclaré Oehlen, « et j’ai saisi la chance de la commencer là-bas [en Espagne], ce qui était très bien car nous étions très isolés. Il n’y avait que Martin et moi dans cette maison, donc on pouvait faire ses erreurs et voir comment l’autre réagit ».

Biographie et œuvres d’Albert OehlenAlbert Oehlen - Sans titre, 1989. Huile et résine sur toile. 60,4 × 73,5 cm. © Albert Oehlen

L’imprévisibilité de la peinture

La liberté totale d’expérimenter et d’échouer a inculqué à Oehlen l’importance de l’insécurité dans son art. Il y a une excitation inhérente à ne pas savoir comment quelque chose va se terminer. Il y a une force vivante qui pousse un artiste à manifester l’inconnu, ou l’inimaginé. Mais un inconvénient potentiel de la liberté complète d’expérimenter est qu’elle peut être paralysante. Par où commencer quand on ne sait pas où l’on va ? Pour se donner assez de structure afin de rester concentré tout en profitant de la liberté d’expérimenter, Oehlen a commencé à inventer des règles simples pour lui-même dans son atelier.

Ces règles arbitraires n’ont d’autre but que de le mettre au défi dans son processus, de créer de l’imprévisibilité et des tensions. Parfois, il limite ses œuvres à une seule teinte. D’autres fois, il s’impose la contrainte d’aller simplement plus lentement. L’une des règles arbitraires préférées d’Oehlen, qu’il partageait avec ses élèves lorsqu’il enseignait à la Kunstakademie Düsseldorf, était : « Changez le matériau. Parce qu’il y a beaucoup de décisions dont vous n’êtes pas conscient. Ça commence quand vous allez acheter du matériel d’art. Vous prenez des décisions, et elles sont toujours les mêmes, comme le type de pinceaux que vous achetez. Et si vous êtes forcé de changer quelque chose, cela apporte une insécurité à l’œuvre qui est très utile. Cela vous fait découvrir ce dont vous avez vraiment besoin. »

Œuvre de l’artiste allemand Albert OehlenAlbert Oehlen - Titanium Cat with Laboratory tested Animal, 1999. Huile sur toile. © Albert Oehlen

Rien n’est laid

Au fil de décennies d’expérimentations et d’auto-imposition de limites arbitraires, Oehlen est arrivé à une drôle de constatation. En raison des qualités physiques uniques que possèdent les œuvres, il y a peu de choses que l’on puisse faire pour rendre une peinture laide. Il fut un temps où l’idée de la mauvaise peinture préoccupait beaucoup de conservateurs et d’artistes, y compris Oehlen. Diverses définitions de la mauvaise peinture furent envisagées. Certains pensaient que cela tenait au procédé. D’autres croyaient que c’était fondamental à la composition, ou aux qualités esthétiques d’une œuvre.

Oehlen a travaillé dur sur la notion de faire de mauvaises peintures, de la même manière qu’un musicien pourrait faire une chanson impossible à écouter. Mais il a découvert que quelqu’un pouvait considérer chaque peinture comme belle, car les humains ont simplement une attraction viscérale pour la beauté inhérente de la peinture sur une surface. Peu importe le sujet, peu importe le niveau de compétence de l’artiste, peu importe la composition et peu importe le procédé, on peut soutenir qu’aucune peinture n’est mauvaise, car quelque chose de bon peut s’y trouver si nous sommes simplement prêts à regarder.

Peintures de l’artiste allemand Albert OehlenAlbert Oehlen - Sans titre, 2005. Acrylique et huile sur toile. © Albert Oehlen

Déclencheurs visuels

Le travail mature qu’Albert Oehlen crée aujourd’hui reflète l’état d’esprit d’un peintre qui aime simplement s’engager dans son travail. Il est diversifié dans sa sélection de matériaux et de techniques, se donnant des occasions de grandir et d’évoluer. Il fait parfois des collages puis peint par-dessus, utilisant pour le collage un mélange d’affiches publicitaires dégradées et d’impressions jet d’encre. Il utilise parfois de la peinture en aérosol, parfois des huiles, parfois il étale la peinture sur la surface en un flou. La joie pour lui, en tant qu’artiste, vient clairement du juste mélange d’expérimentation et de règles, ou en d’autres termes, du processus.

Pour les spectateurs, il peut être facile de se sentir confus par la myriade de couches, styles et références dans les œuvres d’Oehlen. Mais comme nous l’avons mentionné plus tôt, en simplifiant notre regard, nous pouvons nous rapprocher de la compréhension de leur valeur. La manière de les simplifier est de ne pas les voir comme des pièces contenant un sens à déchiffrer, mais plutôt comme des déclencheurs visuels. Reculez et regardez-les comme la révélation d’un processus, et laissez-les déclencher une émotion, ou une pensée. L’imagerie figurative, le texte, les couleurs, les marques, ou les vestiges physiques de notre culture s’additionnent pour former un sentiment, qui dépend surtout de nous. L’image n’est pas la fin de l’histoire. Si c’était le cas, ce serait en effet déroutant. Mais ce n’est que le commencement.

Expositions de l’artiste allemand Albert OehlenAlbert Oehlen - I 28, 2011. Collage papier sur toile. © Albert Oehlen

Adoucir le bruit

Visuellement, les œuvres d’Albert Oehlen ont été rattachées à divers courants artistiques, tels que le Néo-Expressionnisme et les Neue Wilde. Les Néo-Expressionnistes ont joué un rôle clé dans la réintroduction de la figuration après des mouvements comme l’Expressionnisme abstrait, le Minimalisme et l’Art conceptuel. Les Neue Wilde, ou jeunes sauvages, combinaient imagerie abstraite et figurative avec des couleurs vives et des coups de pinceau expressifs. À première vue, les œuvres d’Oehlen semblent souvent contenir ces deux éléments. Mais Oehlen a aussi gagné un autre surnom : le radical libre. Ce nom lui vient de son insistance à ne faire partie d’aucun mouvement, et que chacune de ses œuvres doit être considérée séparément et selon sa propre proposition esthétique.

Ce que les propositions d’Oehlen impliquent exactement est une conversation ouverte, que même Oehlen n’est pas entièrement capable d’expliquer. Tout ce qui est évident, c’est qu’il a peu à peu élaboré une vision esthétique unique, qui continue d’évoluer. Il utilise tous les outils visuels à sa disposition pour créer quelque chose qui suscitera un sentiment chez les spectateurs. Tout cela est beau et bon, du moins dans certains esprits. Les gens peuvent dire qu’ils aiment ou qu’ils n’aiment pas. Et alors ? Cela ne peut pas être compris par une analyse factuelle. Tout ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que le bruit des étiquettes, des jugements et des critiques esthétiques gêne vraiment son travail. Comme la myriade d’éléments qu’Oehlen combine dans ses œuvres, tout cela n’est que bruit. Par son processus imprévisible et ouvert d’esprit, Oehlen essaie simplement de créer de bonnes peintures. Il prend les éléments compliqués de l’atmosphère visuelle et les adoucit. Plus nous simplifions notre regard sur son travail, plus il devient simple, et plus il est facile de le voir comme beau.

Œuvres d’Albert OehlenAlbert Oehlen - Aus Dem Nachlass, 2007. Lithographie sur Somerset Epson. © Albert Oehlen

Image en vedette : Albert Oehlen - Sans titre (détail), 1993. Huile sur toile. © Albert Oehlen
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio

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