
Le Guggenheim expose 170 œuvres modernes pour son 80e anniversaire
Au fil des ans, nous avons eu le plaisir d’assister à de nombreuses expositions au Guggenheim. Mais, à notre honte, nous admettons avoir adopté une attitude plutôt désinvolte envers la provenance des œuvres exposées. Nous admirions bien sûr les œuvres, mais oublions souvent de nous renseigner de plus près sur ces plaques murales indiquant « Don de », suivies du nom du collectionneur qui avait prêté, vendu ou autrement offert l’œuvre pour que nous puissions en profiter. Ce février, pour marquer l’approche de son 80e anniversaire, le Musée Solomon R. Guggenheim présentera une exposition mettant en lumière le rôle unique, souvent négligé, du collectionneur d’art. Visionnaires : Créer un Guggenheim moderne présentera 170 œuvres modernes de plus de 70 artistes modernes. La provenance de toutes les pièces exposées peut être retracée jusqu’à seulement six collectionneurs, sans le dévouement desquels à préserver l’héritage de l’art moderne cette exposition n’aurait pas été possible.
Solomon et Hilla
Parmi les collectionneurs mis en avant dans cette exposition figure bien sûr Solomon R. Guggenheim. Né en 1861 dans une famille riche et influente, Guggenheim fonda une société d’extraction d’or ainsi que de nombreuses autres entreprises avant de se consacrer à l’art. Ses premières acquisitions artistiques datent des années 1890. Mais à la fin de la Première Guerre mondiale, il décida de quitter entièrement le monde des affaires pour se consacrer uniquement à la collection d’art et à la philanthropie.
Vers 1927, Solomon Guggenheim fit la connaissance d’une artiste abstraite allemande nommée Hilla Rebay, qui avait récemment immigré en Amérique. Hilla avait exposé ses œuvres aux côtés d’artistes modernes tels que Constantin Brancusi et Robert Delaunay, et avait rencontré et été inspirée par des artistes abstraits comme Vassily Kandinsky et Paul Klee. Collectionneuse elle-même, elle développa une amitié rapide avec Solomon Guggenheim, qui lui fit vite confiance en tant que conseillère en collection d’art. Ensemble, Hilla et Solomon constituèrent ce qui formait le noyau de la collection du Musée Solomon R. Guggenheim lors de son ouverture en 1939.
Constantin Brancusi - Petite Fille Française (Le Premier Pas [III]), vers 1914–18 (monté par le musée, 1953). Chêne sur socle en pin, figure : 49 x 9 3/8 x 9 1/4 pouces (124,5 x 23,8 x 23,5 cm) ; socle : 11 x 15 1/4 x 13 pouces (27,9 x 38,7 x 33 cm), Musée Solomon R. Guggenheim, New York Don, succession de Katherine S. Dreier, 1953. © 2016 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris
Peggy et Justin
Sont également présentées dans Visionnaires : Créer un Guggenheim moderne quelques dizaines d’œuvres issues de la collection du musée Peggy Guggenheim Collection à Venise. Peggy Guggenheim était la nièce de Solomon Guggenheim, et la fille de Benjamin Guggenheim, décédé lors du naufrage du Titanic. Elle hérita d’une fortune relativement modeste comparée à celle de nombreux membres de sa famille, qu’elle consacra, avec son temps et son influence, à encourager et à collectionner l’art d’avant-garde. Seront exposées des œuvres de sa collection signées René Magritte, Max Ernst, Yves Tanguy et plusieurs autres, ainsi que Alchimie (1947) de Jackson Pollock, qui n’a pas été montrée aux États-Unis depuis un demi-siècle.
Seront aussi exposées des œuvres issues de la collection de Justin K. Thannhauser, qui, alors jeune employé de galerie à Munich dans la vingtaine, fut parmi les premiers à soutenir Vassily Kandinsky et les autres artistes du groupe Der Blaue Reiter. Thannhauser et son père furent également des soutiens précoces des artistes de l’avant-garde française du début des années 1900 et des Futuristes italiens. Justin est le parrain de la Galerie Thannhauser au niveau 2 de la tour du Guggenheim, qui sera incluse dans cette exposition.
Paul Klee - Ballon Rouge, 1922. Huile (et dessin au transfert d’huile ?) sur gaze apprêtée à la craie, montée sur panneau, 12 1/2 x 12 1/4 pouces (31,7 x 31,1 cm), Musée Solomon R. Guggenheim, New York Succession de Karl Nierendorf, par achat. © 2016 Artists Rights Society (ARS), New York / VG Bild-Kunst, Bonn
Karl et Katherine
Seront également exposées des œuvres choisies issues des collections de Karl Nierendorf et Katherine S. Dreier. Karl Nierendorf et son frère Josef furent les fondateurs de la Galerie Nierendorf, ouverte en Allemagne en 1920, puis à New York en 1936. Ils se concentrèrent sur la collection d’œuvres allemandes contemporaines et furent connus pour leur vaste collection d’œuvres expressionnistes. Après la mort de Karl en 1947, la collection de la galerie de New York fut confisquée par les autorités et vendue au Guggenheim.
Katherine S. Dreier était une artiste moderne et une mécène d’autres artistes modernes. En 1913, elle exposa lors de l’Exposition internationale d’art moderne, également connue comme la première Armory Show. Étaient aussi exposées lors de cette manifestation la Femme descendant un escalier de Marcel Duchamp. Agacée par le manque de respect que cette œuvre recevait de la part des Américains, Dreier se lia d’amitié avec Duchamp et cofonda la Société des artistes indépendants, ainsi qu’avec Man Ray, la Société Anonyme, une organisation dédiée à la promotion de l’art moderne. Elle écrivit et donna de nombreuses conférences sur la valeur de l’art moderne et sa pertinence spirituelle potentielle.
Pablo Picasso - Femme repassant, Paris, 1904. Huile sur toile, 45 3/4 x 28 3/4 pouces (116,2 x 73 cm), Musée Solomon R. Guggenheim, New York Collection Thannhauser, don de Justin K. Thannhauser, 1978. © 2016 Succession de Pablo Picasso / Artists Rights Society (ARS), New York
L’exposition
Le catalogue complet n’est pas encore disponible, mais 170 œuvres de plus de 70 artistes modernes seront exposées dans Visionnaires : Créer un Guggenheim moderne. Parmi elles figureront des géants tels que Paul Cézanne, Pablo Picasso, Vincent van Gogh, Édouard Manet, Marc Chagall, Fernand Léger, Edgar Degas, Pierre-Auguste Renoir et Paul Gauguin. L’art abstrait sera bien représenté par des maîtres tels que Vassily Kandinsky, Paul Klee, Piet Mondrian, Josef Albers, Jackson Pollock et Perle Fine. Beaucoup des pièces ont été restaurées pour l’exposition. Par exemple, suspendu au-dessus de la fontaine dans la rotonde, Nénuphars rouges (1956) d’Alexander Calder, qui après de longues recherches historiques a subi une restauration de sa surface et un rééquilibrage de l’œuvre selon son intention initiale.
Lors du vernissage, des œuvres rares sur papier de Pablo Picasso et Vincent Van Gogh seront exposées dans la Galerie Thannhauser au niveau 2 de la tour. En mai, elles seront remplacées par une nouvelle sélection d’œuvres sur papier de Picasso, Van Gogh, Paul Klee, Kurt Schwitters et d’autres. Sur les rampes seront présentées des sculptures d’Edgar Degas et des peintures d’Édouard Manet, Paul Gauguin et Pierre-Auguste Renoir. Sera notamment exposée Femme en robe de soirée (1877–80) de Manet, qui a été nettoyée par des scientifiques, conservateurs et restaurateurs, révélant des couleurs vives et fraîches ainsi qu’un regard renouvelé sur son travail de pinceau magistral. Visionnaires : Créer un Guggenheim moderne ouvre le 10 février 2017 au Musée Solomon R. Guggenheim à New York, dans la rotonde conçue par Frank Lloyd Wright et la Galerie Thannhauser, et sera visible jusqu’au 6 septembre 2017.
Piet Mondrian - Composition n° 1 : Losange avec quatre lignes, 1930. Huile sur toile, 29 5/8 x 29 5/8 pouces (75,2 x 75,2 cm) ; axe vertical : 41 3/8 pouces (105 cm), Musée Solomon R. Guggenheim, New York Collection Hilla Rebay. © 2007 Mondrian/Holtzman Trust
Image en vedette : Jackson Pollock - Alchimie (détail), 1947. Huile, aluminium, peinture émail alkydique avec sable, cailloux, fibres et bâtons de bois cassés sur toile, 45 1/8 x 87 1/8 pouces (114,6 x 221,3 cm), Fondation Solomon R. Guggenheim Collection Peggy Guggenheim, Venise, 1976. © 2016 Fondation Pollock-Krasner / Artists Rights Society (ARS), New York
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio






