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Article: Qu'avons-nous appris de Constantin Brancusi ?

What We Learned from Constantin Brancusi ? - Ideelart

Qu'avons-nous appris de Constantin Brancusi ?

Quand vous imaginez un sculpteur abstrait, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ? Quelqu’un en vêtements de travail robustes, couvert de taches de plâtre ? Quelqu’un de sérieux, curieux et obsédé par la perfection ? Quelqu’un de visionnaire, débordant à la fois de confiance et d’humilité ? Tout cela peut sembler trop poétique, comme une caricature. Mais cela décrit parfaitement Constantin Brancusi, le père de la sculpture abstraite moderniste. L’acte de manifester un volume dans l’espace de manière non figurative n’est pas facile. Mais quand Brancusi l’a fait pour la première fois, c’était presque inédit. Brancusi a été un pionnier des préoccupations techniques et esthétiques qui ont façonné notre compréhension de la sculpture abstraite aujourd’hui. Il a aussi joué un rôle essentiel dans l’établissement des fondements philosophiques du domaine. Pour comprendre la trajectoire qu’a prise la sculpture abstraite au cours du siècle passé, et la place qu’elle occupe dans le monde de l’art aujourd’hui, revenons en arrière pour en découvrir la source.

La légende de Constantin Brancusi

La plupart des photographies de Constantin Brancusi à l’âge adulte montrent un homme un peu sauvage avec un visage profondément marqué, des cheveux en désordre, une longue barbe et une garde-robe rappelant celle d’un vagabond. Cela pourrait sembler une posture adoptée pour correspondre à l’image publique d’un artiste, mais dans le cas de Brancusi, ce look n’était pas un jeu. Peu d’autres artistes célèbres ont des origines aussi simples. Constantin Brancusi est né dans une famille paysanne de la campagne roumaine, à environ 80 kilomètres de la frontière serbe actuelle. Mis à part le fait qu’il gardait des moutons à l’âge de 7 ans, les circonstances précises de sa jeunesse restent floues, mais il suffit de dire que peu d’enfants heureux s’enfuient de chez eux. Brancusi s’est enfui plusieurs fois, fuyant définitivement vers l’âge de seulement onze ans.

Il a parcouru 188 km jusqu’à la ville de Craiova. Lieu relativement cosmopolite et abritant environ 40 000 habitants à l’époque, Craiova avait une économie basée sur la fabrication et l’industrie. Brancusi a gagné sa vie en faisant des petits boulots, notamment en lisant l’avenir et en servant des clients dans un café. Finalement, il a commencé à suivre des cours de travail du bois et a trouvé un emploi dans la fabrication de meubles. La légende raconte qu’à 18 ans, il a fabriqué à la main un violon en bois de récupération. Ce violon a impressionné un mécène fortuné qui a ensuite financé les études de Brancusi à l’École nationale des beaux-arts de la capitale roumaine, Bucarest. Après avoir obtenu son diplôme avec mention, Brancusi, ancien berger, enfant fugueur, gamin des rues et sculpteur de violon, a quitté son foyer une nouvelle fois, selon certains récits en parcourant presque entièrement les 2300 km de Bucarest à Paris, en passant par l’Autriche et l’Allemagne.

L’essence des choses

Arrivé à Paris en 1904, Brancusi s’est retrouvé au cœur d’un tourbillon de pensée moderniste. Il a poursuivi avec enthousiasme ses études en sculpture et en quelques années s’est retrouvé assistant dans l’atelier de l’un des plus grands sculpteurs de l’époque, Auguste Rodin. Mais après seulement un mois de travail chez Rodin, Brancusi est parti pour se consacrer à sa propre pratique. L’une des premières sculptures qu’il a réalisées seul, en 1907, s’intitule Le Baiser, un apparent commentaire sur la célèbre sculpture du même nom de Rodin, réalisée en 1889. Comparer les deux œuvres côte à côte montre l’immense différence entre la vision de Brancusi et celle de son mentor éphémère.

Au-delà de la division esthétique évidente, d’autres différences profondes séparaient le travail de Brancusi et celui de Rodin. La plus importante était la manière dont chaque artiste cherchait à exprimer le véritable caractère d’un sujet. Rodin avait tendance à accentuer la musculature de ses sujets pour communiquer la puissance et l’esprit de leur caractère intérieur. Brancusi a orienté la recherche de l’esprit de ses sujets dans une autre direction, rejetant la forme réaliste pour chercher une forme abstraite capable de communiquer ce qu’il appelait « la réalité intérieure cachée ».

Une autre différence fondamentale entre le travail de Rodin et celui de Brancusi résidait dans leur méthode de création. Rodin avait mis au point une méthode de production à grande échelle industrielle pour créer ses œuvres monumentales en métal. Il commençait une œuvre en la sculptant en argile, puis employait une équipe d’assistants pour l’aider à couler la forme finale en métal ou à la tailler dans le marbre. En opposition directe à cette pratique, Brancusi choisissait de réaliser ses sculptures à la main, les taillant lui-même dans le bois ou la pierre, ou les coulant lui-même en métal. La physicalité de cette méthode, combinée à l’apparence abstraite des sculptures de Brancusi, a contribué à établir le premier accent moderniste sur l’importance de la main de l’artiste et de l’expression d’une vision artistique personnelle.

sculpteur roumain constantin brancusi au musée d’art moderne de new yorkRodin - Le Baiser, vers 1882. Marbre. 181,5 cm × 112,5 cm × 117 cm (71,5 po × 44,3 po × 46 po), © Musée Rodin (à gauche) et Brancusi - Le Baiser, 1907, © Constantin Brancusi / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris

Surface et éclat

En plus de son dévouement à la taille manuelle de ses sculptures, Brancusi prenait aussi un soin immense à soigner leurs surfaces, les lissant et les polissant à la main jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement lisses et très brillantes. Sa sculpture Portrait de Mademoiselle Pogany a été ridiculisée par les critiques à cause de son extérieur lisse et brillant, comparé à celui d’un œuf. Princesse X, l’une des œuvres les plus controversées de Brancusi, est un parfait exemple de son attachement aux qualités de surface de son travail. Réalisée vers 1915, cette sculpture en bronze au style futuriste a provoqué un véritable scandale au Salon des Indépendants à Paris.

La controverse autour de Princesse X venait du fait que les juges et spectateurs pensaient qu’elle représentait un phallus. Brancusi a insisté sur le fait que cette lecture était erronée. Il affirmait que la sculpture très polie et miroir était une version abstraite de la forme féminine, suggérant la tête, le cou et le buste d’une femme, sa tête inclinée vers le bas comme pour se contempler dans un miroir. Mis à part la controverse, cette œuvre a contribué à définir l’esthétique emblématique de Brancusi, très polie, et sa recherche abstraite de « l’essence des choses ».

sculpteur constantin brancusi né à hobita en roumanie et travaillant depuis son atelier à paris franceConstantin Brancusi - Princesse X, 1915, bronze poli ; bloc de calcaire, 57,5 × 41 × 23 cm, Philadelphia Museum of Art, © Art Resource, NY / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris

Nature animale

L’attention portée par Brancusi aux sujets abstraits et aux qualités formelles du matériau s’est exprimée avec force dans plusieurs sculptures d’animaux qu’il a réalisées dans les années 1920. La plus célèbre de ses formes animales s’appelle Oiseau dans l’espace. Une forme qu’il a revisitée maintes fois pendant de nombreuses années, elle ne visait pas à représenter un oiseau réel, mais évoquait plutôt l’aile d’un oiseau, et avait pour but de suggérer l’essence du vol.

Une autre sculpture animale de Brancusi, appelée Poisson, semble d’abord figurative, car l’élément supérieur imite la forme d’un poisson. Mais la forme est réduite à une fine lamelle. Et cette fine forme métallique n’est qu’un élément de l’ensemble. Brancusi a conçu cette sculpture pour qu’elle serve de socle à elle-même. Plutôt que de reposer sur une plateforme, Poisson se soutient seul. Vu dans son ensemble, Poisson devient donc plus symbolique. L’élément métallique en forme de poisson repose sur une plaque miroir, elle-même posée sur une forme en bois sculpté ressemblant à un calice. Au cœur du calice se trouve une ouverture rappelant un œuf. Pris dans son ensemble, la forme fine posée sur une plaque posée sur un calice évoque un service de communion, une référence presque explicite à la mythologie chrétienne.

sculpteur constantin brancusi né à hobita en roumanie et travaillant depuis son atelier à paris franceConstantin Brancusi - Oiseau dans l’espace, marbre, 144 × 16,5 cm (à gauche) et Poisson, bronze, métal et bois, 934 × 502 × 502 mm (à droite), © Art Resource, NY / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris

Éléments de base

En plus de son adoption pionnière du modernisme avec des références mythologiques, Poisson de Brancusi, ainsi que de nombreuses autres sculptures dans le même esprit, ont été à l’avant-garde du concept selon lequel une sculpture et son mode de soutien pouvaient former un tout uni. L’idée d’un ensemble sculptural autonome a ouvert un monde de possibilités d’exposition, permettant aux œuvres sculpturales d’occuper les espaces d’une manière entièrement nouvelle, non pas comme un objet exposé dans un espace, mais comme un objet participant à l’espace, le contextualisant et même le définissant pour les spectateurs. La sculpture de Brancusi La Sorcière, créée en 1920, n’est pas seulement autoportante, mais son socle semble présenter un élément narratif supplémentaire, évoquant un autel soutenant la figure apparente d’une sorcière.

sculpteur constantin brancusi travaillant dans son atelier à paris france et exposé au musée d’art moderne de new yorkConstantin Brancusi - La Sorcière, 1920, © Art Resource, NY / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris

L’influence contemporaine de Brancusi

En suivant ses propres idées jusqu’à leur aboutissement, Brancusi a créé une esthétique de la surface et de la matérialité qui a influencé des mouvements aussi éloignés que le minimalisme. Ses sculptures naturalistes furent parmi les premiers exemples du style biomorphique adopté par des artistes tels que Barbara Hepworth. Son mélange de modernisme, de mythe et de primitivisme fut un précurseur des mouvements néo-primitifs comme l’abstraction lyrique et l’expressionnisme abstrait.

Mais au-delà d’être un pionnier esthétique dans le domaine de l’abstraction, Brancusi fut un leader d’état d’esprit. Il croyait en ses propres idées. Considérez l’élève le plus célèbre de Brancusi, Isamu Noguchi. Avant de rencontrer Brancusi, Noguchi était raillé par son ancien professeur, le sculpteur figuratif Gutzon Borglum, célèbre pour avoir créé le mont Rushmore. Borglum disait que Noguchi n’avait aucun talent. Des années plus tard, lors d’un voyage à Paris, Noguchi devint assistant de Brancusi. Là, il reçut l’encouragement qui inspira son propre parcours de maître moderniste. C’est là la plus grande influence de Brancusi sur l’histoire de la sculpture moderniste : sa dévotion farouche au pouvoir et au potentiel de la vision individuelle de l’artiste.

Image en vedette : Constantin Brancusi - Portrait de Mademoiselle Pogany, 1912, © Art Resource, NY / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris
Toutes les images sont utilisées à titre illustratif uniquement
Par Phillip Barcio

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