
Fusionner science et photographie - L'art de Fabian Oefner
Il y a de fortes chances que vous ayez vu le travail du photographe suisse Fabian Oefner à un moment donné ces dernières années. Depuis qu'il a ouvert son studio de photographie professionnelle en 2013, ses photographies à l'apparence magique capturant des phénomènes scientifiques figés dans le temps sont apparues sur la BBC, dans le Washington Post, et dans des magazines comme Wired, Der Spiegel et National Geographic, parmi de nombreux autres médias. Malgré leurs aspects semblant mystiques, les images qu'Oefner réalise proviennent en réalité de processus assez simples. Dans l'enceinte de son atelier, il met simplement en mouvement des forces naturelles puis, au moment parfait, les fige, permettant aux spectateurs de voir ce qui est normalement invisible : la beauté éphémère de la nature en mouvement.
Peintures photographiques
Dans cette série, commencée en 2016, Oefner utilise du minerai de bismuth fondu pour capturer la beauté fugace des changements transitoires de couleur qui se produisent lorsque le métal chaud refroidit. Pour commencer, il fait fondre le minerai de métal dans une grande poêle. Il utilise ensuite une spatule pour racler la couche supérieure du métal en fusion, exposant les couches inférieures à l'air, ce qui les fait refroidir. L'air provoque un arc-en-ciel de couleurs qui scintillent à la surface du bismuth, que Oefner capture ensuite avec un appareil photo. Le processus est en partie une question de hasard, car il est impossible de prédire quels effets de couleur vont apparaître, et en partie une question de contrôle, car Oefner choisit le moment pour prendre la photo. Le nom de la série, Peintures photographiques, vient de l'idée que le travail commence comme un processus physique de manipulation d'un matériau puis prend une nouvelle vie en tant que photographie numérique, mais est ensuite retranscrit en un objet physique une fois imprimé.
Fabian Oefner - série Peintures photographiques, 2016, tirage jet d'encre
Marée noire
Pour sa série Marée noire, Oefner s'est inspiré d'une scène commune et quotidienne que toute personne vivant en ville a vue. Oefner déclare : « Cela m'est venu à l'esprit alors que j'étais assis dehors devant mon atelier un jour de pluie et que j'observais un film mince d'essence sur une flaque d'eau. Je suis donc rentré et j'ai commencé à recréer la scène dans un environnement plus contrôlé. » Cet environnement contrôlé consistait en une piscine d'eau contenue dans un bassin noir. Oefner a ensuite introduit différentes huiles dans l'eau à l'aide d'une seringue, éclairant la surface de l'eau et photographiant les compositions résultantes créées lorsque l'huile se répandait à la surface du bassin. Les motifs irisés et colorés qu'il a capturés imitent d'innombrables caractéristiques de l'univers visible, des yeux d'un petit animal à une galaxie massive en explosion.
Fabian Oefner - série Marée noire, 2016, tirage jet d'encre
Peinture en mouvement
Les artistes expressionnistes abstraits comme Jackson Pollock transmettaient l'action et la physicalité dans leurs peintures en lançant, gouttant et versant la peinture, utilisant les forces centrifuges pour donner à leurs œuvres un attrait excitant, cinétique, gestuel. Fabian Oefner voulait explorer cette même idée, mais au lieu d'étudier l'apparence de la peinture projetée une fois qu'elle atterrit sur une surface, il voulait capturer la beauté éphémère de la peinture alors qu'elle est encore en mouvement. Pour sa série Peinture en mouvement, il a appliqué différentes couleurs de peinture sur une centrifugeuse tournante, a mis l'appareil en marche, envoyant la peinture voler dans toutes les directions. Il a ensuite capturé la peinture en plein vol, offrant un aperçu révélateur des forces de la Peinture d'action en action.
Fabian Oefner - série Peinture en mouvement, 2012 - 2014, tirage jet d'encre
Couleurs dansantes
En 2013, Oefner s'est demandé à quoi ressemblerait le son si nous pouvions le voir. Sa série Couleurs dansantes est la réponse à cette curiosité. Pour étudier ce mystère audio-visuel, il a placé une fine feuille plate et horizontale de feuille d'aluminium sur un haut-parleur audio. Il a ensuite versé des centaines de cristaux multicolores sur la feuille et a envoyé un signal audio à travers le haut-parleur. Lorsque le son a frappé la feuille, les cristaux ont sauté en mouvement révélant la présence physique des ondes sonores, que Oefner a capturées alors qu'elles flottaient une fraction de seconde dans l'espace.
Fabian Oefner - série Couleurs dansantes, 2013, tirage jet d'encre, 120 x 80 cm
Millefiori
Le mot millefiori vient de l'italien, et signifie littéralement mille fleurs. Ce terme a d'abord été utilisé par les souffleurs de verre pour décrire une technique qui produit des motifs distinctifs de formes entourées de canaux de couleurs, comme si l'on regardait un champ de marguerites en fleurs. Pour sa série Millefiori, Fabian Oefner a créé un effet visuel similaire, mais par des moyens scientifiques. Il a commencé avec un liquide appelé ferrofluide, qui contient des particules de fer et est donc magnétique. Mais le ferrofluide est aussi semblable à l'huile, en ce qu'il ne se mélange pas à l'eau. Lorsque le ferrofluide est mélangé à des aquarelles puis soumis à un champ magnétique, il crée des canaux noirs distinctifs qui se connectent entre eux dans un motif entre les bassins de aquarelles, produisant un motif très proche de celui qui apparaît sur le verre millefiori.
Fabian Oefner - Millefiori, 2013, tirage jet d'encre, 120 x 80 cm
Iridient
L'une des séries les plus simples, et pourtant les plus fascinantes que Fabian Oefner ait créées est sa série Iridient. Pour cette série, il a cherché à capturer la beauté fugace des bulles de savon, quelque chose que presque tout le monde a sûrement vu à un moment donné dans sa vie. Nous avons peut-être vu des bulles de savon flotter près de nous dans la baignoire quand nous étions enfants, et nous nous sommes momentanément émerveillés des couleurs vives qui tourbillonnaient à travers elles en reflétant la lumière ambiante. Mais elles éclataient ensuite, disparaissant dans l'air. Ou peut-être avons-nous vu d'énormes bulles de savon créées par des artistes dans un parc, ou même été éclaboussés par leur pulvérisation lorsqu'elles éclataient enfin. Dans cette série de photographies, Oefner nous permet de vivre ces spectacles merveilleux à notre rythme, en examinant la fantastique gamme de couleurs et les formes organiques changeantes qui apparaissent alors qu'elles grandissent et flottent dans l'air, ainsi que l'univers de minuscules particules qui explosent dans l'espace lorsqu'elles éclatent, envoyant ce qui semble être une nouvelle galaxie d'étoiles. Ces pensées, exprimées par Oefner à propos de cette série, résument l'ensemble de son travail : « Il est fascinant de voir comment la photographie vous permet d'arrêter le temps un instant et de le conserver pour toujours. Je pense que c'est finalement ce dont parle la série. Préserver le temps.
Fabian Oefner - série Iridient, 2013-2015, tirage jet d'encre
Image en vedette : Fabian Oefner - série Couleurs dansantes, 2013, tirage jet d'encre, 120 x 80 cm
Toutes les images © Fabian Oefner, toutes les images utilisées à des fins d'illustration uniquement
Par Phillip Barcio






